Plus de 50 ans : une incroyable source d’opportunités et de talents

Par Claude Super

Si le gaspillage insensé de cette ressource est incontestable, il n’est pas pour autant le révélateur d’un manque de talents ou de compétences chez les plus de 50 ans. Bien au contraire, les générations successives ont démontré, s’il en était besoin, que les « séniors » représentaient une source d’opportunités incroyables pour l’économie.

 

J’ai pour ma part recensé quatre compétences auxquelles les entreprises de toutes tailles devraient s’intéresser de près :

▪      la patience;

▪      la clairvoyance;

▪      la bienveillance;

▪      la pertinence.

 

 

Expérience égale souvent patience!

Avec l’expérience, on apprend la patience et cette qualité essentielle est assez mal partagée. Beaucoup ont une appréciation des « séniors » marquée du sceau d’une certaine lenteur ou apathie en regard de l’impétuosité ou de l’agitation de certains appartenant aux jeunes générations. Dans une économie plus ou moins tourmentée, la patience est une qualité précieuse. Elle est au service des évolutions les plus solides. Quand il s’agit de réfléchir à de nouveaux modèles d’affaires ou plus simplement à l’amélioration des processus en cours, c’est une qualité dont il est difficile de faire l’économie. Trop souvent, les plus jeunes veulent aller vite et ils n’ont pas tout à fait tort. Mais, si dans la communication la rapidité est la clé pour occuper le premier les espaces, il est aussi important, dans les affaires, de savoir « durer ». Les moins pressés ne sont pas, sur ce terrain non plus, les moins efficaces et sans faire l’apanage de la « lenteur », je voudrais rappeler combien la patience est utile dans une stratégie de présence à moyen et long terme. C’est une qualité que l’on retrouve également dans d’autres tranches d’âge et ce serait injuste de penser qu’elle n’existe que chez les séniors dont certains, par ailleurs, n’en ont jamais montré beaucoup. Que ce soit dans les projets, dans le support à l’innovation ou encore dans la transmission des connaissances, il faut reconnaître que la patience est une des vertus les plus appréciées.

 

Aujourd’hui, certains semblent oublier que le temps est un facteur qu’il est utile de savoir – autant que faire se peut – apprivoiser au service de ses objectifs. Il n’est pas forcément très performant de mettre en œuvre des rythmes trop rapides sauf à prendre le risque de déstabiliser un peu (ou plus) son capital en termes de ressources humaines, mais également ses clients. Nous sommes nombreux à préférer un service ou un produit « fini », qui tient ses promesses en termes de valeur, à une offre trop rapidement rendue disponible et parfois frustrante tant la réalité est loin des promesses.

 

À tous les niveaux de l’organisation, il faut savoir tempérer les ardeurs des plus pressés afin de se donner le temps des meilleures décisions et les séniors y ont indéniablement un rôle important. Pourquoi se passer de ressources dont on reconnaît que l’expérience permet, à la plupart des personnes concernées, de jouer un rôle clé de modérateur dans un monde où les agitateurs sont nombreux, mais rarement très bons ou excellents. La patience – en organisant le rythme – permet souvent de décider des meilleures options et ainsi – paradoxalement pour certains – de gagner du temps dans la course à la performance économique.

 

Mais, il n’y a pas que la patience qui soit utile et il faut reconnaître que la clairvoyance est un atout de maître face aux enjeux de toute sorte que l’entreprise doit affronter.

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Au-delà de l’analyse, la clairvoyance

S’il n’est pas nécessaire d’être le plus rapide, il est par contre très dangereux de se tromper dans sa gestion ou son offre de produits et/ou de services. L’expérience des séniors permet à la plupart d’entre eux de mettre au service de l’entreprise un peu plus de clairvoyance que leurs collègues plus jeunes. C’est une compétence aussi peu partagée que la patience, mais elle s’en distingue par un processus d’acquisition marqué à la fois par le temps et la confrontation à des expériences différentes. Et il n’échappe à personne que la clairvoyance est une qualité qui peut permettre de « faire la différence » à tous les niveaux et dans tous les secteurs de l’entreprise.

 

Aujourd’hui, les processus de décisions sont souvent collégiaux et on peut regretter parfois que la recherche du consensus soit plus guidée par une crainte de la prise de risque à titre individuel que par la recherche du « mieux faire ». L’instruction d’une décision est un parcours semé d’embûches dans lequel l’objectivité et la « diplomatie » sont nécessaires afin de permettre de proposer les meilleures options.

 

La clairvoyance, dont savent faire preuve beaucoup de séniors, est un sérieux gage de réussite, car elle autorise un abandon rapide des mauvaises options et la concentration sur les meilleures. La clairvoyance n’est pas seule garante de succès, mais elle permet de concentrer ses efforts autour des propositions de valeur les plus prometteuses pour l’organisation. Elle est la bienvenue dans les réflexions quant à la gestion, mais aussi, bien évidemment, dans les espaces de réflexion autour de l’innovation et l’évolution des modèles d’affaires.

 

 

Un peu, beaucoup? de bienveillance

La clairvoyance est une qualité qui, avec la patience, permet de réguler le rythme tout en gardant des objectifs ambitieux pour l’entreprise. Leur mise en valeur au quotidien dans les équipes est souvent facilitée par la bienveillance dont font preuve la grande majorité des séniors. Bien entendu, il y a toujours des aigris, des frustrés et des revanchards, mais ils ne sont pas légion et ils ne sauront jamais prendre le pas sur ceux qui agissent avec bienveillance et respect. C’est une qualité largement appréciée des autres, y compris par ceux qui ne la pratiquent pas, et elle se révèle être très « productive » dans l’entreprise. En effet, différente de la démission ou de l’abandon, la bienveillance permet, dans le respect des autres, d’avancer à la réalisation des objectifs. Alliée à la clairvoyance, elle autorise le maximum de créativité et la « libération » des acteurs pour n’en exploiter que le meilleur.

 

Tous les responsables des départements responsables de la gestion des ressources humaines mettent cette « compétence » sur la première marche du podium des qualités parmi toutes celles attendues (ou souhaitées) de la part des employés. La bienveillance est le ciment des relations harmonieuses entre individus : clients, employés, cadres, et elle permet bon nombre de situations délicates, parfois conflictuelles, toujours à déplorer du point de vue de l’organisation. Quoi de mieux pour travailler et créer les opportunités de succès de l’entreprise de demain?

 

 

La pertinence, meilleure alliée du succès.

L’expérience tant valorisée par les uns (métiers, sociologues, psychologues et académies) et tant « oubliée » par d’autres (financiers et dirigeants d’entreprise) permet d’atteindre d’excellents niveaux de justesse dans le raisonnement pour apporter les réponses appropriées à des cas ou des problèmes. C’est une compétence qui s’acquiert au fil d’un chemin professionnel varié, parfois difficile, toujours riche d’opportunités et de cas variés.

 

Il est surprenant de constater à quel point certaines organisations sont incapables de « capitaliser » sur de telles qualités. La logique « comptable » est en permanence en conflit ouvert avec les « bonnes décisions » à prendre pour préserver leur avenir. Sacrifier la pertinence sur l’autel du dividende est une pratique malheureusement courante, mais toujours difficile à comprendre.

 

« Jeunes pousses » ou entreprises existantes, petites, moyennes ou plus grandes sont en permanence à la recherche des talents dont elles ont besoin. Responsables des ressources humaines ou « innovateurs en herbe », qu’attendez-vous pour travailler sur un mode générationnel plus hybride?

 

Tout le monde s’accorde sur la richesse des échanges, des confrontations d’idées, et leur apport pour dessiner l’avenir des organisations, que ce soit en termes d’offre de produits et/ou de services ou au niveau de l’organisation et du management. Pourquoi ne constate-t-on que de rares mises en œuvre de ce constat? Pensez-vous vraiment pouvoir gagner les futures batailles économiques sans reformuler les exigences en termes de compétences dont vous avez besoin? Si l’expérience client est si importante, à tout le moins soyez opportuniste et considérez que les générations qui vous ont précédé forment aujourd’hui un bon contingent de vos cibles marketing.

 

L’année 2016 commence et les transformations vont continuer dans les organisations. Gageons qu’elles sont l’occasion de remettre une bonne dose de bon sens dans la gestion de la ressource humaine et que chacun, quel que soit son âge, y trouve la place et le rôle dans lesquels ses talents s’exprimeront le mieux!

 

Et permettez-moi de vous souhaiter une pétillante nouvelle année!