Autour de l’entreprise libérée : et la RH dans tout cela?

Par Laurent Devemy

J’ai eu l’occasion de traiter, dans mes deux articles précédents, de « l’entreprise libérée » et je n’ai pas encore vraiment abordé la question du rôle de la fonction RH dans ces entreprises. Et comme après la période des fêtes, c’est la période des bonnes résolutions, voici quelques réflexions (comme le dit si bien René Villemure, il vaut mieux « penser que dé-penser », j’aime énormément…).

 

Pour bien cerner notre cadre de travail, revenons tout d’abord sur quelques-uns des principes de « l’entreprise libérée » :

1.  pour commencer, il n’y a pas de modèle tout fait, chaque organisation crée son propre chemin de réussite (zut, va falloir penser ;-) !!);

2.  l’objectif premier de l’entreprise libérée est de remettre au centre du travail le « pourquoi? » et le « pour qui? » les personnes travaillent, et non le « comment »; une fois ce sens de l’action collective redonné, ce sont les personnes les plus proches de la tâche qui sont chargées du « comment »;

3.  pour que les collaborateurs puissent prendre les bonnes décisions, quelques piliers comportementaux sont indispensables : confiance, autonomie, liberté de jugement, considération, respect et bienveillance;

4. le corollaire de ces principes est l’autodirection, la limitation des systèmes de contraintes ou de contrôles, ce qui ne veut pas dire l’absence de mesures;

5. l’organisation fonctionnant sur ces principes permet ainsi à chacun de réaliser pleinement son potentiel, d’acquérir de nouvelles compétences, de s’enrichir culturellement, mais aussi d’avoir la liberté de ne pas adhérer au projet!

 

Quels sont les résultats de ces démarches? Et bien, ils sont assez remarquables, car comme le rappelle Jean-François Zobrist : « la confiance génère le bonheur qui génère la performance »[1]. Laurence Vanhée[2] nous donne des indications concrètes : « Selon Gallup, par rapport à des collaborateurs malheureux ou désengagés, les collaborateurs heureux sont :

·         2 fois moins malades,

·         6 fois moins absents,

·         9 fois plus loyaux.

... Par ailleurs, d’autres études démontrent l’efficacité accrue des collaborateurs heureux : 31 % plus productifs, 55 % plus créatifs, etc. … »

 

Notons encore qu’une des autres conséquences organisationnelles possibles du passage à l’entreprise libérée est la réduction du nombre de niveaux d’encadrement intermédiaire. Cela rend les organisations plus souples et plus agiles, tout en responsabilisant les salariés. Et les gestionnaires ont ainsi la possibilité d’expérimenter de nouveaux rôles, en passant d’une fonction de supervision ou de contrôle, vers plus de soutien et de développement des équipes.

 

[1] Jean-François Zobrist in 21ème Université Hommes et Entreprises-Bonheur et Performance- 27-28 août 2015 - https://www.youtube.com/watch?v=dXFoWWaDZYg

 

[1] Laurence Vanhée - Mon job de Chief Happiness Officer -in Miss Philomène.- novembre 2015- http://missphilomene.com/2015/11/28/mon-job-de-chief-happiness-officer/

Crédit Photo: bigstockphoto.com

Alors, dans ce contexte en mouvement, comment peut se positionner la fonction Ressources Humaines? Ma conviction est que si le service de support qu’est la fonction RH ne se remet pas radicalement en question dans ses rôles traditionnels, son avenir est plus qu’incertain. Car, déjà les gestionnaires et les collaborateurs n’attendent plus des RH un livret d’accueil où les procédures à suivre pour les congés ou les absences, mais plus un sens à donner au travail et les moyens de développer leurs talents. Le défi est donc de passer d’une fonction « administrative » ou de gestion des personnels à un rôle de contact direct avec ses « clients » que sont les gestionnaires et les collaborateurs. Tout cela passe finalement par la remise en œuvre du « H » de « Ressources Humaines », la dimension humaine. Car, si les hommes et les femmes de l’entreprise se trouvent sur le terrain, dans les bureaux, les usines, les magasins, pourquoi donc les personnels de Ressources Humaines restent-ils derrière leurs écrans d’ordinateur? Un conseil : personnes de RH, laissez tomber la notion de « Ressources », dites-vous que RH veut dire « Rendre Heureux » (Laurence Vanhée de nouveau), soutenez le gestionnaire dans sa mission de « premier RH »[1] et allez aussi sur le terrain!

 

C’est là que vous apporterez réellement de la valeur, en vous concentrant sur l’humain. Laissez au digital les processus RH, avant que la venue prochaine de l’intelligence artificielle ne vienne nous priver de notre valeur ajoutée, celle d’être proches des personnes. Après tout, même de très grands patrons en parlent de remettre l’humain et la confiance au cœur des organisations pour « repenser l’entreprise »[2].

 

Alors, qu’est-ce que vous en pensez? Ce serait une belle et chouette résolution pour 2016, non?!!

[1] Philippe Lamblin, DRH du Groupe Avril et DRH de l’année 2015 en France : https://www.youtube.com/watch?v=DmHGtUM6n1U

[2] Trois grands patrons s'engagent pour « repenser l'entreprise »Jean-Paul Bailly, Henri Lachmann, Bertrand Collomb et Paule Boffa-Comby, in Business les Echos.fr -07 novembre 2015

En savoir plus: http://business.lesechos.fr/directions-generales/strategie/transformation/021534078960-repenser-l-entreprise-re-donner-sens-et-confiance-pour-transformer-les-crises-en-opportunites-205287.php