La déconnexion forcée pour le bien-être des employés?

Par Emilie Pelletier et Didier Dubois

Nous vous proposons de débuter cette année 2017 par une réflexion fort intéressante qui nous provient de nos cousins français. Depuis le 1er janvier, la loi dite El Khomri oblige les employeurs français à garantir à certains employés des temps de déconnexion. Par « temps de déconnexion », on entend le fait de ne pas être joignable pour des motifs liés à l’exécution du travail. En clair, le temps de déconnexion c’est ni plus ni moins, le droit de ne pas répondre au cellulaire, aux courriels, ni à toutes autres formes de communication digitales. Qu’en pensez-vous? Est-ce que votre employeur vous offre ce privilège? Devrions-nous instaurer une loi similaire au Canada?

 

L’équilibre des temps de vie : une priorité

L’importance accordée à l’équilibre des temps de vie que l’on appelle au Québec : la conciliation travail / vie personnelle n’est pas un sujet nouveau. Déjà en 2013, le ministère du droit des femmes avait produit un document intitulé : 15 engagements pour l’équilibre des temps de vie. Cette charte, à adhésion volontaire, propose aux entreprises un code de conduite dans lequel on retrouvait entres autres l’engagement à « éviter de les [employés] solliciter le week-end, le soir ou pendant les congés, sauf à titre exceptionnel ». Ces 15 engagements souhaitaient avoir pour effet d’améliorer la qualité de vie au travail, et ce faisant, la performance de l’entreprise.

 

Dans les faits, la loi El Khomri, qui est maintenant en vigueur, concerne principalement les cadres et les employés en situation de télétravail puisque leurs horaires de travail et de repos ne sont pas toujours clairement délimités. La loi ne propose pas de modalités d’application, ces dernières sont décidées au niveau de l’entreprise. Elles feront donc l’objet de négociations collectives ou, en l’absence de contrats collectifs de travail, l’employeur devra élaborer et faire connaître une charte à cet effet.

crédit: depositphotos.com

La déconnexion à l’ère du « blurring »

Le phénomène du « blurring » est l’effacement progressif de la frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Une étude française réalisée en 2015 établissait que 78 % des cadres étaient sollicités par leur entreprise en dehors de leurs heures régulières de travail.

 

Dans les années 80, certaines entreprises américaines valorisaient le fait que leurs cadres ne prenaient pas de vacances. On sait aujourd’hui, que les temps de repos, exempts de stimuli professionnel, sont très importants et contribuent à la productivité globale des individus et du même fait, des entreprises. Cependant, le phénomène du « blurring » s’est très nettement accentué par le rôle prépondérant qu’ont pris les cellulaires dans les communications organisationnelles. Au départ, on envoyait des courriels pour se vider l’esprit sans attendre une réponse immédiate. Aujourd’hui, on sait que l’individu à qui l’on a écrit, a reçu le courriel sur son téléphone intelligent et on s’attend à ce qu’il donne suite rapidement à notre « important message ». L’ignorer nous apparaît presque comme étant un acte impoli. Pire encore, avec l’apogée des messageries textes, on s’attend en plus à ce que l’individu dialogue immédiatement avec nous.

 

Lorsque le « blurring » est occasionnel, il est bien entendu acceptable. Malheureusement, dans beaucoup de cas, tous les messages sont considérés comme étant importants et l’on s’attend à ce que nos employés, notre patron, nos fournisseurs ou clients soient en permanence capables de nous répondre.

 

Choquant pour les « boomers », mais normal pour les milléniaux

Il ne faut pas éliminer la question générationnelle du débat. Même si les « boomers » sont considérés comme des « workaholic » (bourreau de travail), ils font partie d’une génération où il existait encore une différence entre les temps de travail et les temps de loisir. Pour les milléniaux, la frontière entre le temps de travail et le temps de loisir tend à disparaître. Au contraire, ils ne cessent de s’alterner tout au long de la journée. Grâce ou à cause des médias sociaux, ils sont en contact permanent avec leurs amis. Bien entendu, l’écart générationnel n’est plus aussi net aujourd’hui puisqu’à peu près tout le monde possède un téléphone intelligent et que les « boomers » sont devenus eux-mêmes de très gros consommateurs de médias sociaux.

 

En conclusion…

En Amérique du Nord, le souci du respect de l’équilibre des temps de vie est très présent, mais nous n’avons pas encore vu d’initiative législative visant à encadrer les périodes de communications entre l’entreprise et ses employés. Est-ce le signe que nous avons abdiqué et décidé de nous mettre continuellement au service de notre vie professionnelle? Qu’en pensez-vous?

À proposMentions Légales