Un monde en constant changement

Quelles conséquences pour les hommes et les organisations?

Par Laurent Devemy

L’information n’a pas fait les gros titres de la presse. Et pourtant, à une écrasante majorité, à la fin du mois d’août 2016, lors du Congrès international de stratigraphie au Cap, les scientifiques présents, à la suite du chimiste et Prix Nobel néerlandais Paul Crutzen, ont voté pour que soit officiellement déclaré le passage à l’Anthropocène, l’ère de l’homme[1]. L’Holocène, période interglaciaire commencée il y a 11,700 ans, rejoint donc le Pléistocène et l’histoire de notre planète.

 

Qu’est-ce que l’Anthropocène? Et en quoi, cela affecterait-il les activités humaines et les organisations?

Et bien, l’Anthropocène, dans le cadre de la chronologie généalogique, est le terme qui a été proposé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre[2]. En quoi cela vient-il interférer sur les hommes et les organisations? Et bien, en quasiment tout. Pour la première fois dans l’histoire de notre planète, les activités humaines ont désormais une force et un impact suffisants pour modifier substantiellement l’écosystème terrestre. Est-ce une bonne nouvelle? C’est sans doute à nous qu’il incombe de donner la réponse...

 

Mais ce qui est certain, c’est que ce changement majeur reconnu par les scientifiques est bel et bien le quotidien des responsables d’entreprise et d’organisation et de leurs collaborateurs, quel que soit le secteur d’activité. Constater l’accélération des changements et des évolutions de ces 20 dernières années est un truisme. Le phénomène n’est pas nouveau en soi, Héraclite disait déjà au VIe siècle avant J.C. : « le changement est la seule constante ». Ce qui est sans doute nouveau, c’est le sentiment que ces changements se sont accélérés,... et que leur rythme accélère également! Nous vivons dans un monde décrit par l’acronyme américain « VUCA » pour « Volatile, Incertain, Complexe et Ambigü ». Ce qui était vrai hier ne l’est déjà plus aujourd’hui et le sera encore moins demain. Il y a seulement trois ans, les modèles des entreprises étaient les GAFA, Google, Apple, Facebook et Amazon. Ils sont maintenant supplantés par les NATU, Netflix, Air B'nB (ou Alibaba en Chine?), Tesla et Uber. En attendant les prochains géants qui ne sauraient tarder...

 

[1] http://www.actu-environnement.com/ae/news/anthropocene-nouvelle-epoque-geologique-27430.php4

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropoc%C3%A8ne

crédit:depositphotos.com

Tout cela entraîne, à l’échelle des organisations et de chaque entreprise, énormément de changements et de mutations à ingérer et digérer en des temps records. Explosion du digital, réinvention des modèles d’affaires, multiplication des partenariats, défis des nouvelles générations au travail, intégration et interpénétration de métiers et de secteurs d’activité, responsabilité sociétale et environnementale accrue... tout est actuellement en constante mutation, avec une seule constante : tous ces changements et mutations ne peuvent se faire et réussir sans le facteur humain, c’est-à-dire sans l’implication des hommes et des femmes qui travaillent au sein de chaque organisation. En effet, le plus beau modèle d’affaires de la terre, les plus beaux objectifs ne sont rien s’il n’y a pas des hommes et des femmes qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour le réaliser.

 

L’homme est « augmenté », mais démotivé

Et c’est là que le bât blesse. Alors que le digital et la technologie font de nous des hommes et des femmes augmentés, dotés non plus de cinq sens, mais d’une dizaine, l’orientation avec le GPS, l’ubiquité avec les webcams... jamais les signes de désengagement et de démotivation dans les entreprises n’ont été aussi élevés au niveau international. Une étude de Towers Watson Willis de 2014[1] montre ainsi que seulement 4 (oui, quatre...) collaborateurs sur 10 seulement sont engagés dans leur travail. Cela fait quand même 6 personnes sur 10 qui sont désengagées ou activement désengagées dans leur travail! À l’heure de la performance comme critère d’appréciation quasi ultime de toute entreprise, cela fait vraiment tache.

 

Si l’on ajoute à cela, une liste grandissante de nouvelles maladies professionnelles[2] et de risques psychosociaux[3] avec leurs conséquences sur la santé des salariés, notamment en termes de maladies cardio-vasculaires, de troubles musculo-squelettiques, de troubles anxio-dépressifs, d’épuisement professionnel, voire de suicides, le tableau est loin d’être reluisant... Car, au coût direct de baisse de productivité, de moindre performance et de désorganisation du travail, s’ajoute le coût social pour la collectivité de ces risques et maladies. Et là, l’enjeu n’est plus seulement financier, il est d’abord et avant tout humain. Car, cet enjeu dépasse largement la sphère de la seule organisation et rejaillit sur l’ensemble de la collectivité humaine et de ses imbrications avec les politiques publiques.

 

Revenir à la finalité du travail

Comment alors, dans ces conditions, atteindre la nécessaire performance technique, financière, sociale, mais aussi écologique et humaine, qui est logiquement attendue de toute organisation, qu’elle soit du secteur public comme du privé? Et surtout quelles pistes proposer pour que l’Anthropocène ne soit finalement pas la dernière trace du passage de l’homme sur la terre? Dans un prochain article, nous verrons comment aujourd’hui certaines organisations s’engagent résolument pour construire un futur durable pour leur organisation et épanouissant pour leurs collaborateurs.

 

[1] https://www.towerswatson.com/en/Insights/IC-Types/Survey-Research-Results/2014/08/the-2014-global-workforce-study

[2] http://www.inrs-mp.fr/mp/cgi-bin/mppage.pl?

[3] http://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/ce-qu-il-faut-retenir.html

À proposMentions Légales