Ralentir l’expert en soi

Par Lyne Girouard et Sylvie Paradis

Dans notre précédent article, nous avons abordé les liens existants entre le bloc des compétences de coaching selon ICF, Communiquez efficacement et les habiletés du gestionnaire, en commençant par le défi de l’écoute active. Nous l’avons vu, l’écoute active est puissante, car elle favorise la créativité, la responsabilisation et l’engagement de l’interlocuteur. Dans cette chronique, nous aborderons en quoi le fait de ralentir l’expert en soi et de mettre en veille ses conseils favorisent le dialogue coaching et la communication efficace.

 

Pour se mettre dans le bain, souvenez-vous d’une conversation que vous avez vécue et où votre interlocuteur a rapidement pris le plancher, en vous offrant joyeusement une foule de conseils : Moi, si j’étais toi… J’ai un ami qui… Ça m’est déjà arrivé et j’ai… Avez-vous l’impression d’avoir été mal entendu?

 

Il est clair que la pratique du conseil est valorisante. En effet, qui n’aime pas que ses idées soient retenues? Cependant et aussi surprenant que cela puisse paraître, le fait d’être expert dans son domaine devient parfois un obstacle au développement de l’autre. C’est d’ailleurs un des plus grands défis pour quiconque s’initie à la posture de coach : retenir l’expert en soi qui désire prendre la parole et régler le problème à la place de l’autre.

 

À titre d’exemple, un gestionnaire nous partageait dernièrement qu’il hésitait à exprimer ses préoccupations à son supérieur immédiat, car il avait l’impression de ne pas être écouté. En fait, son supérieur avait une telle expertise dans son domaine qu’il avait réponse à tout. Il se plaçait automatiquement en mode conseil, alors que le besoin de son gestionnaire était d’être écouté pour y voir plus clair. Ce dernier avait déjà en lui des ressources et des idées et avait simplement besoin de prendre de la perspective pour cibler les meilleures stratégies.

 

Sommes-nous en train d’affirmer ici que le partage d’expertise doit être absolument proscrit? Bien sûr que non! C’est une richesse inestimable. Nous mettons simplement en lumière le fait que pour communiquer efficacement et être dans une posture coaching, il est essentiel de mettre de côté le réflexe de conseiller. Mais rassurez-vous, votre coffre à outils sera toujours disponible au besoin et vous pourrez offrir votre aide en « mode ressource » pour soutenir les réalisations de votre interlocuteur. Plutôt que d’offrir un conseil, demandez :

  • De quoi as-tu vraiment besoin?
  • Comment puis-je aider?
  • Quel est le véritable enjeu ici pour toi?
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Le réflexe à développer est de s’efforcer de demeurer dans une posture de partenariat, c’est-à-dire de travailler de concert avec son interlocuteur afin de lui permettre d’identifier lui-même des options et des solutions qui ont du sens pour lui. Quand on a l’habitude d’avoir les réponses et les solutions, cela peut même être difficile pour l’égo au début. Cependant, l’effort en vaut la peine et permet au gestionnaire d’être à même de constater toute l’étendue des compétences et de l’expertise de ses collaborateurs.

 

Concrètement, comment y parvient-on? En coaching, nous parlons d’être à l’écoute de l’univers de l’autre. Nous y arrivons en démontrant de l’intérêt pour le sens des mots choisis par l’autre pour exprimer sa pensée, pour le message qui se cache derrière les images utilisées ou encore pour l’expression de ce qui est important pour lui. Encore plus, on y parvient en demeurant curieux du processus de réflexion de l’autre, de ses préoccupations, de ce qui l’anime, etc. Ce faisant, la personne écoutée progresse dans sa réflexion et fait des liens.

  • Qu’est-ce que tu veux dire par…?
  • En quoi c’est important pour toi de…?
  • Tu me dis que ce projet est comme une boîte à surprise? Qu’est-ce qu’il y a dans cette boîte?

 

Ce mode de communication peut paraître un peu plus long, mais dans les faits, il permet de sauver du temps en favorisant la responsabilisation et l’autonomie. De plus, il y a fort à parier que votre interlocuteur se sentira reconnu dans ses compétences et dans la valeur de sa contribution. C’est le genre de reconnaissance qui donne des ailes.

 

Le meilleur moyen pour calmer l’expert en soi? Quand un conseil ou une solution se pointe dans votre esprit trop rapidement : posez une question. Vous constaterez rapidement qu’il y a de nombreux bénéfices à rechercher la meilleure question plutôt que la meilleure réponse.

 

Nous vous invitons à lire le prochain article qui portera justement sur l’art du questionnement et comment le fait de poser des questions judicieuses peut augmenter l’impact du gestionnaire comme du coach, dans le développement et la responsabilisation de ses collaborateurs et clients.

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