La déconnexion forcée… Légiférer est-il vraiment la voie?

Par Manon Daigneault

Dans le dernier numéro de FacteurH, mes collègues Emilie Pelletier et Didier Dubois ont fait état de la loi française sur la déconnexion forcée, entrée en vigueur le 1er janvier dernier. En bref, cette nouvelle loi oblige les employeurs, selon certains paramètres, à garantir des temps de déconnexion à leurs employés. Ils concluaient en nous demandant si le fait que nous n’ayons pas vu d’initiative législative de ce côté-ci de l’Atlantique pouvait être un constat que nous avons abdiqué en décidant de nous mettre au service de notre vie professionnelle. Question fort intéressante qui m’a amenée à questionner parents, amis et collègues, et à forer un peu plus sur un concept qui n’a rien de nouveau : la quête de l’équilibre de vie.

 

Des « preuves » de déséquilibres annoncés!

D’emblée, la plupart des personnes avec qui j’ai eu cette discussion reconnaissait que le travail prenait beaucoup trop de place, peu importe le domaine d’emploi, et ce, de plus en plus. Et en moins de temps qu’il n’en faut pour énoncer une opinion, j’ai été frappée par la surenchère aux exemples de dérapage. Des réunions planifiées à 7 h le matin, à 20 h le soir, un dimanche après-midi. Des courriels et des textos qui entrent à toute heure auxquels on répond quasi-instantanément. Une cadre dont le chalet est situé dans une zone hors réseau cellulaire à qui ses supérieurs ont proposé (imposé?) de lui payer une ligne téléphonique afin qu’elle puisse être rejointe en tout temps! Bref, autant d’exemples qui pourraient amener à penser qu’une telle loi est requise. Mais est-ce que le fait de devoir légiférer sur le droit à une vie personnelle ne devrait pas nous inquiéter autant que nous sécuriser?

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Et la responsabilisation dans tout cela…?

Il semble y avoir une conscience collective assez développée à l’effet que les frontières ne sont plus ce qu’elles étaient entre les vies personnelle et professionnelle. On peut certes invoquer les réseaux sociaux et toutes les nouvelles formes de communication qui créent un rythme et une rapidité dans les échanges qui ne cessent de s’accélérer. Mais, doit-on tout simplement s’y soumettre sans mot dire? Est-ce que cette conscience ne pourrait pas servir de bougie d’allumage pour que chacun, individuellement, puisse gérer un bout de son propre équilibre de vie, et ce faisant, agir sur la collectivité?

 

Plus facile à dire qu’à faire direz-vous? Certes. Toutefois, certains essais nommés par mon panel improvisé méritent qu’on s’y attarde. Par exemple :

· À défaut de ne pouvoir « contrôler » toutes les demandes qui entrent à des moments inopportuns pour soi, faire au moins en sorte de ne pas en générer. (Donc, ne pas soi-même envoyer un courriel ou un texto le soir ou la fin de semaine si mes collègues sont réputés travailler de jour.)

 

· « Oser » dire aux « connectés en permanence » qu’à moins d’exception, ils n’auront pas de réponse de nous lorsque nous sommes en congé, en vacances. Mais, qu’il nous fera plaisir de donner suite sitôt notre retour, ou sinon, d’orienter vers un autre collègue pour une vraie urgence!

 

· Utiliser des adresses et des numéros de téléphone distincts pour les affaires personnelles et professionnelles et désactiver les fonctions professionnelles pendant les vacances et les fins de semaine. Et s’y tenir!

 

· Chercher des moyens pour répondre aux besoins multiples des collègues, patrons, employés…, sans toutefois répondre à la demande d’être connecté en tout temps. Entre le besoin, très souvent légitime, et la demande initiale (qui ne tient compte que du besoin du demandeur), on trouve parfois de belles solutions originales! Encore faut-il oser l’aborder?

 

L’importance des petites actions au quotidien

Leo Bormans, auteur et conférencier belge, qui a notamment écrit « Happiness : le grand livre du bonheur » en 2011, en s’appuyant sur plusieurs lectures et rencontres avec des chercheurs et scientifiques intéressés par la psychologie positive, dont Guy Corneau et Lucie Mandeville du Québec, a récidivé en 2016 avec un ouvrage intitulé « 20 chemins vers le bonheur ». Selon lui, le bonheur est un mode de vie qui s’apprend étape par étape, à condition de s’entraîner, un peu comme on le ferait pour un entraînement physique.

 

La course effrénée nous touche tous écrit-il. Et, nous finissons par oublier les actions simples qui nous permettraient d’être un peu plus en contrôle de ce qui nous rend heureux. « Ne pas avoir peur, avoir une vision positive de notre futur, se respecter, sourire… ».

 

J’aime à penser que la « connexion » qu’on croit parfois obligée puisse se gérer un peu plus, à petit pas, par chacun d’entre nous, et ainsi nous éviter de devoir légiférer sur un pan essentiel de notre équilibre de vie à tous. Un grand défi individuellement, mais qui, collectivement, comme le dit Leo Bormans, fait appel « à la responsabilité sociale et à l’action citoyenne ».

 

Et si on essayait…

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