Entrevue « sourcing »

Par Sandrine Théard

Le « sourcing » est devenu primordial et est en train de prendre une place prépondérante en recrutement. Plusieurs événements lui sont consacrés, tels que Sourcon (en Europe et aux États-Unis) ou SOSU en Europe. En septembre, s’est tenu #trusourcing à Paris, un événement collaboratif calqué sur les #truevent, et donc entièrement dédié au « sourcing ». Plus de 250 recruteurs-sourceurs se sont retrouvés pour discuter et échanger sur les meilleures pratiques du métier pendant toute une journée. J’y ai rencontré, entre autres, Pierre-André Fortin, directeur associé chez N&T Entreprises, qui a animé une discussion sur les campagnes de « sourcing » : comment faire du « scrapping », des séquences, et donc automatiser son « sourcing ». Je lui ai demandé de nous vulgariser un peu tout ça...

 

Pierre-André, comment as-tu découvert le « sourcing »?

 J’ai débuté dans l’approche directe en 1999 par un stage et j’œuvre depuis lors en cabinet principalement de cette façon. Mon métier m’amène à mettre en œuvre des techniques de ciblage et d’identification, d’approche et d’engagement afin d’évaluer la pertinence de candidats/prospects au regard d’une problématique de recrutement, puis d’accompagner les candidats short-listés dans la phase de recrutement puis d’intégration chez nos clients.

 

Peux-tu me donner ta définition du « sourcing »?

 Je définirais le « sourcing » comme la phase de « pré-entretien », c’est-à-dire ciblage/identification/engagement/qualification et première validation du projet - en somme, la phase de recherche et d’approche.

 

Sur ce plan notre métier est passé de la gestion de la rareté à la surabondance. Il fut une époque où, comme chargé de recherche, je ne disposais que de bien peu d’informations pour sourcer et une large partie du métier consistait à trouver cette information, en faisant une belle part aux sketches téléphoniques et autres procédés d’ingénierie sociale... Aujourd’hui, si la recherche d’information reste critique, son traitement est devenu primordial. Là où il nous fallait des chargés de recherche issus de l’Actors Studio, il nous faut aujourd’hui de fins limiers capables d’engager et d’échanger avec nos candidats/prospects.

 

Comment as-tu commencé à automatiser ton « sourcing », et par quoi as-tu débuté?

 L’industrie est un secteur qui me fascine depuis toujours... et l’application de processus automatiques dans les services tout autant! 

 

Le déclic est venu au cours d’une soirée consacrée à l’envoi de courriels à une quarantaine de candidats/prospects pour une de nos missions : j’y ai passé la soirée, en pensant, « in fine », que je réalisais une tâche à bien peu de valeur ajoutée. Si dans bien des cas la solution est de confier ces tâches à un stagiaire ou un junior, cette soirée me servit avant tout à reconsidérer ma façon de faire et imaginer comment je pourrais automatiser les tâches à faible valeur ajoutée.

 

J’ai pendant des mois lu de nombreux articles, testé de nombreux plugins, « tips » et divers hacks partagés par la communauté de sourceurs, afin de comprendre et imaginer une solution répondant à mes besoins. La solution tout-en-un n’existe pas, ou du moins pas au budget que je souhaitais y consacrer... Les premiers temps, je n’ai investi que du temps, mais pas un centime... c’est une contrainte qui m’a amené à devoir me poser beaucoup de questions quant à ce que je souhaitais mettre en œuvre.

 

Les deux premiers chantiers que j’ai retenus furent : la collecte et la restructuration de données ainsi que leur recoupement puis l’engagement des candidats/prospects.

 

Pour le premier point, nous nous sommes dotés d’outils nous permettant de collecter et traiter de la donnée massivement et ainsi d’être plus systématiques dans la recherche afin d’aller plus en profondeur dans l’échantillonnage.

 

Dans le cas de l’engagement, nous avons poursuivi par la mise en place des séquences de courriels avec relance automatique et suivi des analytiques à partir des données collectées et enrichies. Cela nous a permis d’améliorer la qualité des courriels envoyés par une approche plus personnalisée et ainsi d’accroître nos taux de réponse et d’engagement de près de 25 %.

credit:depositphotos.com

Vu de loin, tout ça nous paraît bien technique et bien geek, quels seraient tes conseils pour l’initier?

 Tout cela peut sembler technique, mais bien plus que la dimension technoïde, l’automatisation m’a conduit à reconsidérer toute la chaîne de traitements de nos missions et ainsi à travailler sur notre méthodologie. L’approche empirique du « sourcing » nous fait appréhender la production. De manière séquentielle nous avançons par étape, au gré des cas... sans forcément devoir considérer l’ensemble du processus.

 

Lorsque l’on décide de collecter massivement de la donnée, puis de l’enrichir et enfin de la stocker, il nous faut réfléchir à quelles données pour quelle utilisation. De même, lorsque nous débutons une séquence d’emailing pour de l’engagement nous devons penser l’ensemble de la séquence afin de construire et personnaliser nos différents mails de manière pertinente...

 

L’automatisation est au final un exercice très enrichissant dans la mesure où il impose de prendre de la hauteur sur notre pratique. 

 

Tout au long de ces chantiers, j’ai beaucoup travaillé avec mon collaborateur direct en partageant et en testant des outils, des méthodes... Cette approche nous a finalement permis de rechallenger l’ensemble de notre corpus méthodologique.

 

Au sein du cabinet, le projet a pu pour certains être accueilli froidement, certainement par connotation à une taylorisation aliénante... Quelques mois plus tard, la perception est tout autre et nous généralisons ces approches à l’ensemble de l’équipe.

 

 

Pour en apprendre davantage :

La digitalisation permettra-t-elle d’automatiser le besoin en sourcing des recrutements?

Automatisation et robotisation des processus : disruption du sourcing?

Recrutement : ces services qui automatisent le sourcing

 

 

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