Immigration et emploi, TOUTE une contradiction!

Par Walid Kanzari

Le Québec accueille autour de 50 000 immigrants annuellement.

 

La société québécoise est aujourd’hui vieillissante avec un départ massif à la retraite et un taux de natalité relativement bas. Devant cette pénurie de population active, le marché du travail est forcé de s’ouvrir davantage à sa population immigrante.

 

Tout en souhaitant être à l’image d’une terre d’accueil et d’immigration, la société québécoise peine à intégrer ces nouveaux arrivants au marché de l’emploi. Le taux de chômage au Québec s’établit actuellement aux alentours de 5,8 % et est le taux le plus bas depuis 1976 selon Statistique Canada. Celui des immigrants est autour de 11 %, pratiquement le double des natifs du pays. 

 

À souligner que d'’un côté, nous observons des immigrants qualifiés au chômage ou avec des emplois auxquels ils sont largement surqualifiés; de l'autre côté, des entreprises qui crient à la pénurie de main-d’œuvre allant jusqu’à effectuer des missions de recrutement à l’international.

 

Le gouvernement sélectionne théoriquement une bonne proportion des immigrants en fonction de leurs expériences, compétences, scolarité et qualifications professionnelles. Paradoxalement, un grand nombre de ceux-ci font face aujourd’hui à la discrimination du marché du travail au Québec. 

 

Cette situation contradictoire nous impose de nous questionner, d’analyser et de débattre, afin de solutionner un dysfonctionnement majeur.

 

Quelques études et chiffres!

J’ai parcouru plusieurs études effectuées au cours des dix dernières années et réalisées par différents organismes tels que Statistique Canada, l’IRIS et autres. Selon une étude du ministère de l’Immigration du Québec, le taux de surqualification de la population immigrante est autour de 43 % tandis que celui du reste de la population est de 29 %. Une autre étude effectuée par la Commission des droits de la personne et de la jeunesse fait un constat de chiffres alarmants. En effet, cette étude note que les chercheurs d’emploi avec des noms franco-québécois ont 60 % plus de chance de trouver un emploi que ceux qui sont africains, arabes ou latino-américains.

 

Une troisième étude, fait part que les salaires des immigrants sont largement moins élevés que le reste de la population. Selon une compilation des chiffres de Statistique Canada, entre 1996 et 2013, leur revenu représente, en moyenne, 82,9 % de celui des personnes non immigrantes. 

crédit: depositphotos.com

Discrimination, racisme, mauvais jugement ou mauvaise planification!

Entreprises et immigrants s’entendent aujourd’hui pour dire que la politique d’immigration n’est pas en adéquation avec la réalité du terrain. Les deux parties tiennent souvent le gouvernement comme principal responsable. 

Je pense que la responsabilité est largement partagée entre les trois parties prenantes, en l’occurrence le gouvernement québécois, les entreprises et les immigrants.

 

Le gouvernement!

 

Au début du processus de sélection, le gouvernement québécois réussit à atteindre son quota d’immigrants en allant séduire des candidats qualifiés. Ce processus de séduction est dangereux, car il crée beaucoup d’attentes au sein des immigrants. Il y a quelque temps, un immigrant maghrébin qui a vendu son entreprise pour venir s’installer au Québec avec sa conjointe et ses trois enfants, a qualifié, dans un article paru dans un journal local, les agents d’immigration de marchands de rêve. Cette réflexion est partagée par plusieurs immigrants déçus.

 

De plus, le gouvernement sélectionne souvent des personnes ayant des études universitaires, souvent largement surqualifiées par rapport au besoin du marché. Malheureusement, plusieurs détenteurs de maîtrise et de doctorat se retrouvent journaliers en usine ou chauffeurs de taxi.

 

En effet, la stratégie d’immigration faillit en partie en termes de critères de sélection et principalement au niveau de la formation et de l’intégration. Ceci engendre malheureusement un gaspillage de main-d’œuvre hautement qualifiée.

 

Il ne faut pas oublier également, la difficulté à être reconnu par les ordres professionnels ou pour la reconnaissance des diplômes et de l’expérience étrangère.

 

Finalement, le gouvernement se doit d’instaurer un programme de formation et de sensibilisation des entreprises sur l’embauche des immigrants. Il doit avoir un discours beaucoup plus vigoureux et des actions fermes face au racisme et à la discrimination. 

 

Les entreprises

 

Plusieurs études et expérimentations ont démontré que pour un même contenu de CV transmis à un employeur, un Alain reçoit systématique un appel alors que celui à connotation étrangère, principalement les Arabes, les Africains et les Latino-Américains ne sont jamais ou très rarement contactés. Certains appellent cette pratique du racisme, personnellement je pense que c’est un manque de jugement et une mauvaise perception dû au manque d’information. Il est cependant certain qu'il existe des attitudes racistes de la part de certains employeurs, mais la conclusion majeure est l’existence d’un ou de plusieurs biais, parfois consciemment ou non.

Les entreprises doivent se concentrer sur les compétences et éviter le clonage des employés, tant au niveau de l’expérience qu’au niveau de l’origine ethnique. Le multiculturalisme est une force pour chaque entreprise. Il amène de la créativité, un savoir-faire et un regard différent. L’être humain a peur de l’inconnu de la différence. Il préfère toujours s’associer à ses semblables, c’est le choix de la facilité. Pour y faire face, le rôle des entreprises est de favoriser un climat d’accueil et d’ouverture, de créer des politiques de recrutement appropriées avec l’utilisation de techniques de recrutement qui éliminent les biais et qui se concentrent sur les habiletés et les compétences.

 

Le candidat immigrant 

Le candidat immigrant doit s’adapter à la culture québécoise et prendre en considération la différence des pratiques et des attentes des entreprises par rapport à son pays d’origine. Il doit s’informer, se documenter et se préparer pour séduire son futur employeur. C’est son rôle de chercher de l’information. 

 

Conclusion 

En conclusion, je pense que l’intégration des immigrants est un enjeu et une responsabilité collective. Tant au niveau des entreprises, que des différents ministères, des municipalités et des citoyens. Au-delà des considérations et des enjeux politiques, toute la société québécoise doit se réunir pour devenir un modèle d’accueil et d’intégration. Ceci est non seulement essentiel pour le succès des immigrants, mais encore plus pour l’ensemble du Québec et son économie.

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