Des convictions… et des doutes!

Par Manon Daigneault

Dans nos relations personnelles, tout autant qu’en affaires, il est généralement bien vu d’être capable de s’affirmer, de défendre son point de vue, ses opinions, d’avoir des convictions bien appuyées. C’est ce qui nous permet de nous positionner, ou de positionner un dossier, de donner une orientation, de « trancher » en faveur de telle ou telle option, de donner sa couleur distinctive. Des étapes nécessaires pour avancer et progresser. Toutefois…

 

Au cours des derniers mois de l’année, j’ai été surprise de constater à quel point le doute, lui, avait mauvaise presse. Des gestionnaires accompagnés en coaching individuel qui se culpabilisent de ne pas arriver assez rapidement à prendre une décision à l’égard d’un comportement inapproprié d’un employé. D’autres qui s’ajoutent un stress disproportionné sur les épaules parce qu’ils n’arrivent pas à donner une orientation claire sur un dossier. Ou encore un autre qui se diminue parce qu’il n’arrive pas à prendre position assez rapidement dans un mandat qui comporte des enjeux nombreux et variés, et auxquels sont en plus associés des collègues au tempérament plutôt… distinctif (pour être polie!).

 

Or, dans ces différentes situations, le doute ne comporte-t-il pas plus d’éléments bénéfiques que l’inverse? Un doute qui permet de prendre le temps d’observer, de mieux évaluer, de regarder plus d’une option n’est pas positif?

 

« Le doute comme chemin jusqu’au vrai. » (René Descartes, philosophe)

Le doute est positif s’il est temporaire selon Descartes, s’il mène à l’action. « Le doute est l’étape nécessaire de la fondation des savoirs : il n’a de sens qu’en tant qu’étape nécessaire certes, mais ponctuelle. »  En d’autres mots, non au doute qui paralyse. Mais sachons redonner leurs lettres de noblesse aux doutes qui nous donnent l’énergie nécessaire pour faciliter le passage à l’action avec une prudence étudiée.

 

Dans plusieurs organisations (voire même toutes), on demande aux personnes et aux équipes de faire autrement, de questionner les processus en place, d’oser essayer de nouvelles méthodes de travail, de trouver de nouvelles façons de faire. On demande aussi régulièrement à des personnes de modifier des comportements, des attitudes. Or, nous le savons, on ne peut à la fois demander de changer, d’oser, et en même temps exiger que ce soit parfait du premier coup. Si on veut sortir du moule connu (et sécuritaire), il faudra faire des essais. Et qui dit essai dit marge de manœuvre et aussi droit à l’erreur. Sinon, vaut mieux continuer comme avant, et de façon convaincue!

 

Le doute au profit des idées nouvelles

Dans un article paru en octobre 2010 dans le magasine Affaires+ sur l’innovation et la créativité, on demandait à différents créateurs d’ici leurs conseils pour installer, créer un état propice à la nouveauté, à la création. Les trois conseils qui suivent permettent de faire ressortir à nouveau l’importance du doute qui mène vers l’action.

Crédit photo : BigStockPhoto

1-Cultivez le doute!

Regardez autrement, développez vos habiletés à voir autrement, face à vos convictions, osez vous demander « Et si…? ». Remplacez vos excellentes réponses par d’excellentes questions!

 

2-Soyez curieux!

Être curieux, c’est constituer son encyclopédie personnelle. C’est s’intéresser à toutes sortes de domaines, même ceux dans lesquels nous n’avons pas de compétences, pas d’opinions, pas de convictions. Parce qu’en emmagasinant des informations multiples, on pourra mieux arriver à faire des liens avec les domaines que nous possédons, et ainsi attacher des fils qui pouvaient, au départ, sembler totalement distincts, dissociés.

 

3-Entourez-vous

Osez parler de ses idées avec des gens qui ne connaissent pas notre domaine. Et être ouvert à partager des informations, des perceptions, des questionnements sur des sujets où ne sommes pas en pays de connaissance, c’est donner un sacré coup de pouce aux idées pour qu’elles circulent librement, à différentes vitesses, auprès de différents publics. Même si on doute à première vue parfois de la pertinence de nos apports.

 

Entre les convictions et les doutes…

Ne cessons pas d’avoir des convictions. Elles sont nos assises, nos fondations, nos repères. Elles nous distinguent, nous caractérisent, nous définissent. Elles nous permettent de donner vie à nos valeurs, d’avancer. Et, en parallèle, traitons aussi nos doutes avec égard.

 

« N’arrête pas de douter, c’est ce qui fait de toi ce que tu es. Un homme fréquentable. Cela te donne un sentiment d’insécurité, certes, mais cette insécurité, c’est ta respiration, ta vie, c’est ton humanité. »      

 Éric-Emmanuel Schmitt, La part de l’autre

À proposMentions Légales