La façon sécuritaire de naviguer sur Internet n’est pas que technologique!

Par Bertrand Milot

Appelons un chat, un chat!

Notre cyberespace est victime du « cyber-néo-narcissisme social ». Ce terme que je viens de créer pour l’occasion vient qualifier la tendance (ou plutôt la pathologie) du siècle qui met nos enfants et une partie de la génération des 30-40 ans, à la merci de l’addiction du « toujours connecté ». Dans les cas les plus sévères, il est fréquent de trouver des individus qui se lèvent la nuit pour répondre ou vérifier les commentaires qu’ils auront reçus à la suite d’une publication, faite quelques heures, voire minutes, auparavant. « Irréel! » me direz-vous? Et bien pas tant que ça, malheureusement. Cette population en mal d’attention est une masse critique de la plus vaste communauté populaire mondiale, devant l’Inde et la Chine, Facebook™.

 

Quel rapport avec le sujet qui nous intéresse aujourd’hui?

C’est simple, cette même population, qui délaisse souvent les activités extérieures comme se promener dans la campagne, dans un parc ou au cœur de la ville, préfère généralement trainer et errer sans but sur le cyberespace. La promenade oscille mollement entre des vidéos au contenu viral, sensationnaliste ou émotionnel de préférence, accessible sur YouTube™, le « mur » surpeuplé de leur profil cybersocial, les sites de recettes miracles pour perdre du poids, les pages pour avoir des abdominaux en béton en quelques mouvements répétitifs et les albums de photos des « tops 10 » de femmes les plus sexy du Web ou des chatons les plus mignons.

  

« Rien de nouveau sous le soleil? » Vous avez raison! Jusqu’ici cette description n’est pas vraiment différente de ce que l’on trouvait dans la presse papier à sensation ou à la télévision, il y a 15 ou 20 ans.

 

Mais voilà, un détail presque insignifiant bouleverse cette équation! Notre « digital persona ».

Cet ADN numérique est capable de nous définir, souvent beaucoup mieux que ne le feraient nos propres parents. Une étude menée par les universités de Cambridge et Stanford, début 2015 sur plus de 80 000 volontaires en a fait la démonstration.

 

Et c’est là que se situe le danger.

Cet ADN numérique s’étoffe à chaque page visitée, à chaque vidéo regardée, même partiellement, à chaque recherche effectuée, à chaque achat et transaction effectués, à chaque publication écrite, même non publiée, puis corrigée, nuancée et enfin postée.

 

Oui! Toutes ces informations sans aucune importance en apparence ont en réalité une valeur inestimable quand vient le moment de les corréler.

Nous devenons irrémédiablement reconnaissables, poursuivis et épiés pour nos actes et informations : cette puissance de calcul, parfois appelée « Big Data » (thématique d’un futur article « de Big Brother à Big Data ») accumulée par les géants du Web a créé un monstre que nous ne connaissons pas. Il est capable de savoir ce que nous faisons, où, quand, comment et même pourquoi nous le faisons.

Crédit photo: BigStockPhoto

« Et alors, c’est sans importance! » Oui, effectivement, mais seulement quand tout va bien. Les années 2014 et 2015 ont été des années record de brèches de sécurité, de vol d’informations et l’année 2016 est bien partie pour être pire. Et si vous ne voyez pas comment vos informations pourraient vous nuire, laissez-moi vous donner un exemple tout bête : souhaiteriez-vous que vos petits secrets intimes, pratiques conjugales (ou pire extra-conjugales), dysfonctionnements familiaux ou vos habitudes personnelles fassent l’objet de chantage? Car oui, aucune moralité pour ces cyber-pirates qui n’hésiterons pas à vous demander de l’argent en échange de leur silence. Un autre exemple? Aimeriez-vous que vos informations personnelles soient utilisées pour des fins commerciales que vous n’avez pas, au préalable, admises ou validées et pour lesquelles, bien entendu, vous ne serez pas rémunéré(e)?

 

C’est ce genre de problèmes que vous pouvez rencontrer en laissant des traces de votre personnalité un peu partout sur le cyberespace.

Certains m’affirment que le module de navigation privée de leur navigateur préféré « fait très bien la job! ». Oui, si par « bien la job », on entend que l’on ne reçoit pas de publicité sur les recherches Web passées, alors d’accord, c’est vrai. Mais les données, elles, sont toujours recueillies et associées à votre ADN numérique, capables de fournir les détails les plus intimes sur votre « vous » et votre profil d’utilisation.

 

Le patron d’un site TRÈS connu de contenu pour adultes en libre accès en faisait d’ailleurs l’apologie en expliquant qu’il était capable de donner tous les détails et statistiques de navigation de ses visiteurs, depuis leurs préférences jusqu’à la durée moyenne de leurs visionnements de contenus pour adultes. Il est également capable, via les informations qu’il collecte, de connaître, dans certains cas, les sites où se trouvait l’internaute avant d’arriver sur le sien.

 

Il arrive également que certains d’entre nous fassent des recherches pour trouver des séries télévisées célèbres en visionnement « gratuit » sur des sites autres que ceux des diffuseurs légaux. Vous trouvez des applications « gratuitement » (sans payer la licence) via des « torrents » ou des sites de téléchargements illégaux, vous téléchargez des « cracks », des « keygens ». Sachez que ces sites, ces applications, ces « torrents » regorgent de « maliciels » prêts à infecter votre ordinateur. Vous mettez délibérément votre ordinateur, votre responsabilité et votre ADN numérique à risque.

 

Maintenant que vous savez que votre comportement est à l’origine de 95 % de votre exposition au cyber-danger pendant la navigation et que vous comprenez comment votre prudence peut vous aider à éviter le pire, voici les quelques solutions qui peuvent vous aider à combler les 5 % restants.

 

● Utilisez un navigateur comme Opéra ou Firefox en ajoutant les extensions et modules complémentaires suivants :

◆  « HTTPS everywhere » qui vous permettra de maximiser votre navigation à travers les sites via un protocole plus sécurisé,

◆   « AdBlock » qui allègera votre navigation de beaucoup de publicités non souhaitées,

◆   le nouveau navigateur « Brave » qui dépolluera un peu vos recherches et votre lecture. 

 

● Pensez à installer le module d’intégration de votre antivirus sur vos navigateurs : la majorité des antivirus proposent d’insérer ou d’installer une extension à votre navigateur préféré, c’est une des clefs importantes vous permettant de découvrir si le site où vous vous trouvez ne tente pas d’exécuter des scripts à risque sur ou depuis votre machine. 

 

● Gardez également votre navigateur à la version la plus récente conseillée par le développeur en essayant de forcer le processus de mise à jour intégré régulièrement.

  

● Vous pouvez également utiliser une extension à votre moteur de recherche ou une application tierce vous permettant de nettoyer les fichiers temporaires, historiques et « cookies » accumulés par votre navigation effrénée sur le cyberespace (exemples d’applications tierces : « Glary Utilities » ou « CClearner »).

 

●  Les « grands » moteurs de recherche vous connaissent, mieux que quiconque nous en avons parlé, voici un moteur qui respectera votre vie privée et ne tentera pas (en tout cas pour l’instant) de faire du profilage outrageux : « Duck Duck Go ».

          

Vous l’avez compris, comme dans votre voiture, la vigilance et la prudence sont votre protection numéro 1 pour votre sécurité, viennent ensuite la vérification des freins, les changements d’huile, etc. Mais rien ne diffère : ces deux processus sont liés à votre maturité et à votre conscience des risques : vous devez le faire, que vous le fassiez vous-même ou que vous le fassiez faire par un expert, n’attendez de ne pas voir votre vie exposée et ruinée par des dangers que vous n’attendiez pas.

  

Vigilance et proactivité sont les maîtres-mots.

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