Est-ce la fin des commentaires sur le Web?

Par Emilie Pelletier et Didier Dubois

Depuis l’avènement des réseaux sociaux, on nous promet de révolutionner la manière dont on s’adresse aux candidats. Fini la communication de masse, fini les messages génériques et dépersonnalisés, bienvenue dans le monde du dialogue! C’est la promesse qu’on nous avait faite. Mais voilà, ce qui est probablement valide dans une relation digitale « personne à personne » ne l’est peut-être pas dans une relation « entreprise à personne ». Une grande tendance vient remettre en question la manière dont on communique sur le Web et éventuellement, sur les réseaux sociaux : la remise en question de la pertinence des commentaires dans les médias numériques.

 

Les commentaires : un problème à régler!

Dans un excellent article intitulé : Internet : la fin des commentaires le Magazine Slate.fr rapporte les propos suivants du journaliste Adam Felder publiés dans The Atlantic « Il y a un jeu auquel j’aime jouer de temps à autre. Combien faut-il que je lise de commentaires sur Internet pour perdre foi en l’humanité? Trop souvent la réponse est : un commentaire. » Il a malheureusement raison.

 

Historiquement, les grands médias de masse ont très rapidement opté pour l’ajout de zones de commentaires afin de dialoguer avec leur auditoire. Des experts du monde de la publicité et des communications leur avaient vendu le principe selon lequel établir un dialogue avec notre auditoire permet de fidéliser cet auditoire. Le concept est très juste. Lorsque l’on crée un dialogue avec quelqu’un, il se crée une relation et les rapports seront potentiellement plus durables. Mais voilà... de nos jours, le lecteur moyen a bien d’autres préoccupations que de dialoguer avec l’auteur de l’article qu’il lit.

  

Dans les faits, les seules personnes qui seront enclines à commenter l’article sont celles qui sont personnellement touchées pas le contenu de l’article. Résultat : les dialogues, lorsqu’ils existent, sont totalement polarisés et émotifs. On retrouve d’un côté des personnes prêtes à déchirer leur chemise pour défendre le bien-fondé du contenu de l’article et d’un autre côté, des opposants féroces souvent démagogiques qui utiliseront des parallèles douteux pour discriminer le contenu. Attention : il ne s’agit pas toujours d’hurluberlus écervelés, certains d’entre eux ont plusieurs diplômes à leur actif et croient tout simplement avoir la science infuse. Dans les faits, les propos du journaliste ou de l’expert, qui sont le résultat de plusieurs années de pratique dans le domaine peuvent être discrédités aux yeux du lecteur par un raccourci intellectuel douteux et non constructif, mais percutant, déposé dans les commentaires. C’est ainsi qu’agissent les « Trolls ».   

Face à cela, les médias et les entreprises qui diffusent du contenu remettent en question le principe même des commentaires. Il se dégage à l’heure actuelle quatre grandes tendances :

▪      disparition des commentaires;

▪      déplacement des commentaires;

▪      fin de l’anonymat des commentaires;

▪      accroissement de la visibilité des commentaires intelligents.

Crédit photo: BigStockPhoto

La disparition des commentaires

Certains grands médias tels que Bloomberg, Reuters, The Chicago Sun-Times ou encore, CNN ont décidé d’éliminer la section des commentaires au bas des articles. La logique est simple, le média n’est pas là pour dialoguer, mais bel et bien pour informer. Les journalistes travaillent fort pour monter leurs dossiers et s’il y a des reproches en ce qui a trait à leur travail journalistique, il est toujours possible d’écrire à la rédaction pour se plaindre. Il est également possible de dialoguer avec les journalistes sur leur compte Twitter individuel.

 

Le déplacement des commentaires

D’autres plateformes comme le Los Angeles Times ou encore, TVA Nouvelles ont décidé de rendre les commentaires plus discrets. Dans leur cas, les commentaires ne sont pas visibles d’emblée. Il faut cliquer sur le bouton « voir/afficher les commentaires » pour y accéder. Le journal Le Monde, quant à lui, a décidé de mettre les commentaires en bas de page, après les contenus commandités, après la section « sur le même sujet » (qui présente des articles sur des thématiques similaires et après une section présentant des vidéos. Bref, les commentaires sont très loin du contenu de l’article et peu de lecteurs se donneront la peine d’aller les consulter.

 

Fin de l’anonymat des commentaires

D’autres médias comme Radio-Canada ou encore, The Verge, ont opté, quant à eux, pour la fin de l’anonymat. Ainsi, pour pouvoir partager un commentaire, il faut se connecter et la plateforme a donc ainsi une possibilité de nous retrouver en cas d’abus. Il faut dire que depuis l’affaire Corriveau c. Canoé, dans laquelle Me Suzanne Corriveau a poursuivi et obtenu gain de cause contre Canoé pour avoir laissé visible des propos diffamatoires à son égard sur un blogue, il est établi que les gestionnaires de communauté sont responsables des commentaires diffusés sur leurs plateformes. Nous constatons également que les plateformes professionnelles telles que Linkedin sur laquelle nos commentaires sont associés à notre profil professionnel, la qualité et le ton des commentaires sont nettement plus appropriés. L’anonymat semble donc être une porte ouverte à l’abus et au défoulement.

 

Accroissement de la visibilité des commentaires intelligents

L’évolution de la technologie permet cependant d’entrevoir une nouvelle solution. Des algorithmes autoapprenants faisant appel à l’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de trier les commentaires intelligents des commentaires offensants. L’utilisation de cette technologie permettrait ainsi de discriminer les commentaires respectueux, qu’ils soient en accord ou pas avec le contenu, des commentaires agressifs, insultants ou irrespectueux. Bien entendu, la technologie n’est pas parfaitement au point, mais elle s’avère très prometteuse. Le New York Times, le Washington Post et Mozilla collaborent actuellement à la création d’une plateforme de gestion de communauté qui maximiserait les solutions sémantiques pour modérer les commentaires.

 

En conclusion

Non, ce n’est pas la fin des commentaires, mais plutôt une remise en question de la façon dont on octroie le droit de parole et que l’on présente les commentaires, c’est le défi de la modération des commentaires dans un monde où l’on constate une augmentation de l’agressivité en ligne. Les commentaires sont dans certains cas essentiels pour permettre au journaliste et/ou à l’expert d’ajuster son discours selon les besoins de son lectorat. Cependant, il faut absolument trouver une manière de discriminer les commentaires constructifs des inepties inutiles. Si vous avez des commentaires constructifs sur cet article, n’hésitez pas à nous en faire part ;0)!

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