Miser sur les forces des employés pour améliorer le fonctionnement au travail

Par Jacques Forest

Par Jacques Forest, CRHA, Ph. D., psychologue organisationnel, professeur‑chercheur, ESG‑UQAM / Philippe Dubreuil, D.Psy., professeur‑chercheur, UQTR /Laurence Crevier-Braud, doctorante, UQAM / Sarah Girouard, CRHA, Ph. D., psychologue organisationnelle, consultante chez ALIA Conseil / Éliane Bergeron, doctorante, UQAM

 

Pour augmenter la performance de leurs employés, les gestionnaires ont généralement comme réflexe d’identifier leurs faiblesses pour ensuite y remédier.

 

Cette façon de faire, appelée « approche par déficit », est efficace pour s’assurer que les employés ont les compétences minimales pour exercer leurs fonctions ou pour modifier des faiblesses réellement handicapantes en milieu de travail (par exemple un employé qui gère difficilement sa colère). Une fois ce niveau de base atteint, il semble qu’il soit plus efficace d’adopter une approche dite « d’abondance » pour accroître la performance en emploi. Selon l’approche d’abondance, le rôle des gestionnaires et des organisations consiste avant tout à rechercher, à stimuler et à mettre en valeur le plus haut potentiel de réalisation des travailleurs. Une gestion misant sur les forces des employés est un exemple de ce type d’approche, puisqu’elle indique que les plus grandes ressources d’une personne se trouvent dans ce qu’elle fait de mieux.

 

Si la gestion par les forces peut sembler une évidence, il n’en demeure pas moins qu’elle ne correspond pas aux pratiques actuelles des entreprises, telles que la gestion des compétences ou de la formation. Celles-ci semblent impuissantes à profiter de tout ce potentiel, parce qu’elles sont profondément ancrées dans la vision populaire des cent cinquante dernières années, axée sur les faiblesses. En effet, historiquement, tant en gestion qu’en psychologie, l’accent a été mis presque exclusivement sur la compréhension des problèmes et sur les méthodes permettant de les régler. C’est pour contrebalancer cette situation qu’est née, au début des années 2000, la psychologie positive. Celle-ci cherche à établir les conditions de travail qui feraient en sorte que la vie vaudrait vraiment la peine d’être vécue. Un point de départ important serait une meilleure connaissance de soi et une plus grande utilisation de ses forces en emploi.

 

Connaître et utiliser ses forces

Une force est la capacité naturelle d’une personne à agir de façon à atteindre les buts qu’elle s’est fixés. C’est également une aptitude à réaliser une tâche de façon très performante. Il s’agit donc d’une caractéristique qui permet à un individu de se définir et qui lui donne de l’énergie. Lorsqu’il l’utilise, cette force entraîne une plus grande performance, un fonctionnement optimal (donc bien-être, plaisir au travail) et le motive à se développer.

 

Tout au long de l’histoire, certaines forces ont été systématiquement valorisées dans diverses cultures. Le tableau 1 présente la classification de vingt-quatre forces en six catégories. En répondant à un questionnaire élaboré d’après cette classification, une personne peut identifier ses cinq principales forces, dites forces signatures. Cette combinaison de forces caractérise l’individu, constitue en quelque sorte son « empreinte digitale ». Autrement dit, c’est sa touche distinctive. Par exemple, une personne qui a comme forces signatures l’amour de l’apprentissage, la sagesse, la curiosité (catégorie Sagesse et connaissance) de même que l’humour et l’espoir (catégorie Transcendance) pourrait se plaire dans un emploi où de nouvelles compétences et habiletés doivent fréquemment être acquises et qui permet de naviguer agréablement dans un environnement où les résultats sont uniquement obtenus à très long terme.

La logique des forces signatures est la suivante : si l’individu connaît et utilise ses forces signatures souvent, intensément et pour de longues périodes, il pourra fonctionner de façon optimale au travail et dans sa vie personnelle. Plusieurs conséquences positives de la connaissance et de l’utilisation des forces signatures ont été observées dans des domaines variés tels que le coaching, la psychologie, l’éducation et le travail, dans différentes organisations, divers segments de population (comme les infirmières ou les jeunes), pays et cultures.

 

Voici quelques exemples… Un employé qui possède la caractéristique « intelligence sociale » parmi ses forces signatures peut la mettre à profit en maintenant naturellement l’harmonie au sein de son équipe, en s’assurant que tous se sentent inclus et n’éprouvent aucun problème à partager leurs idées. En plus d’avoir des effets bénéfiques sur l’équipe, l’utilisation de cette force contribue à créer une plus grande satisfaction chez cet employé. Un autre employé doté de la force « espoir » peut motiver les autres en partageant avec eux son optimisme et sa conviction profonde de pouvoir influencer de façon positive l’avenir de l’entreprise; l’utilisation de cette force peut en outre avoir des effets bénéfiques sur l’état de santé psychologique de l’individu. Par ailleurs, la caractéristique « créativité, ingéniosité et originalité » peut être très utile dans une organisation, vu la compétitivité féroce qu’entretiennent les entreprises entre elles. En effet, l’employé qui la possède peut exprimer sa créativité naturelle en suggérant de nouvelles méthodes de travail ou des améliorations aux façons de faire; outre un sentiment d’accomplissement et de valorisation, ce travailleur aura conscience d’apporter ainsi une réelle valeur ajoutée à l’organisation, en termes de changement et d’innovation.

 

Nous avons voulu tester l’efficacité, pour le monde du travail, d’un programme d’intervention ayant fait ses preuves dans la vie en dehors du travail. Plus spécifiquement, nous avons tenté de voir si le fait de stimuler l’utilisation de leurs forces dans le cadre de leur emploi pourrait susciter la passion au travail et favoriser ainsi le fonctionnement optimal et la santé des employés. C’est ce que nous verrons le mois prochain!

À proposMentions Légales