Savoir questionner - Partie 2

Par Mario Côté

Questionner avec pertinence est devenu une habileté nécessaire dans bien des situations professionnelles. Bien qu’utilisées quotidiennement, peu de gens prennent le temps de réfléchir consciemment à leurs questions et ils se privent ainsi de la puissance d’un questionnement plus précis et même mobilisant.

  

Le mois dernier, nous avons abordé quelques éléments préliminaires, essentiels à l’art de bien questionner. Nous avons, entre autres, rappelé l’importance d’avoir ou de développer :

·  une connaissance et une conscience de soi et des autres;

·  de l’humilité;

·  de la présence et de la concentration;

·  une écoute active.

  

Ceci étant précisé, nous pouvons maintenant nous pencher sur la mécanique des questions. Il existe différentes formes de question, qu’on devrait utiliser de façon consciente lorsqu’on souhaite obtenir certaines informations précises ou atteindre certains objectifs. Tout en révisant les formes les plus courantes ci-dessous, je vous invite à vous questionner sur votre niveau de confort à utiliser chaque type de question et à vous lancer le défi, à la suite de cet article, d’intégrer ces formes avec lesquelles vous êtes moins familiers, lors des prochaines rencontres où vous poserez des questions.

  

 

Les formes de question les plus courantes (des classiques aux plus originales)

  

Fermée

Ce type de question mène à une réponse brève où l’on y répond par oui, ou par non. C’est une forme classique pour préciser certaines informations. Elle s’utilise bien en début de rencontre pour détendre l’atmosphère, mettre en confiance ou prendre le pouls de son interlocuteur (Est-ce que tu vas bien aujourd’hui?) ou encore en conclusion de rencontre pour s’assurer de la compréhension de son interlocuteur, ou de son confort. (Es-tu à l’aise avec ce plan de match?)

Exemple : As-tu atteint ton objectif de la semaine?

 

Ouverte ou d’approfondissement

Cette forme permet à l’interlocuteur d’élaborer davantage et donne accès à son raisonnement.

Exemple : Que penses-tu de cette idée?

 

Interrogative

Ce type de question est une de celles les plus couramment utilisées. Elle place parfois l’interlocuteur sur la défensive.

Exemples : Pourquoi as-tu fait ça? Combien de fois s’est-il absenté cette semaine?

 

Factuelle

La question factuelle permet de se centrer sur les faits, de décrire une situation en éliminant les perceptions ou les jugements.

Exemple : Peux-tu m’expliquer le fil des événements?

Crédit:BigStockPhoto

Miroir

Cette forme de question permet de clarifier certaines informations en reprenant quelques mots de l’interlocuteur sous forme interrogative.

Exemple : Interlocuteur : Ça me met hors de moi! Questionneur « hors de toi »?

 

À relais

La question à relais reprend également une partie de ce que l’interlocuteur vient de dire en y ajoutant une question demandant plus de précisions.

Exemple : Interlocuteur : On devrait lui donner un avis… Questionneur : Un avis? De quel type?

 

Inductive

Cette forme de question induit une réponse ou une solution en elle-même.

Exemple : Ne penses-tu pas qu’il serait mieux de rappeler ton client maintenant?

 

Créative

Cette forme permet de générer de nouvelles idées ou de donner une nouvelle impulsion à une réflexion en cours. Elle aide à lever les obstacles ou à voir les choses sous une perspective différente.

Exemple : Si nous n’avions aucune contrainte, donne-moi trois scénarios différents que tu pourrais envisager?

 

Conditionnelle

Cette forme, un peu similaire à la précédente, encourage le passage à l’action, moyennant certaines conditions.

Exemple : Si je discutais du problème avec ton patron dans un premier temps et que je lui suggérais quelques pistes de réflexion, accepterais-tu ensuite de le rencontrer pour discuter avec lui de ton inconfort?

 

Interprétative

Lorsque vous utilisez cette forme de question, vous interprétez ce que votre interlocuteur pense, veut dire ou ressent sans qu’il ne l’ait précisément exprimé.

Exemple : Interlocuteur : Je commence à en avoir assez! Je pense juste à tout laisser tomber. Questionneur : Depuis combien de temps songes-tu à démissionner?

 

Rhétorique

Cette forme de question, parfois jugée tendancieuse, avance une affirmation ou un jugement, formulé sous la forme d’une question. Elle est parfois utilisée pour tenter d’influencer son interlocuteur.

Exemple : Comment se fait-il que cette équipe soit si résistante au changement?

Au-delà de ces quelques formes présentées, il existe encore une multitude d’autres formes de question : les questions empathiques, introspectives, de renforcement, projectives, offrant des alternatives ou un choix limité, le ricochet, la reformulation…

 

Le silence

Avant de conclure, j’avais envie de me réserver une dernière forme de question… pour la fin. Cette forme est très différente de toutes les autres et peut-être extrêmement puissante en certaines circonstances. Il s’agit du silence. Savoir garder le silence après une affirmation de son interlocuteur permet parfois à ce dernier de réfléchir à ce qu’il vient de dire et de nuancer son propos, ou d’ajouter une information qu’il n’aurait pas donnée, si on avait enchaîné immédiatement avec une autre question.

 

Tout comme en musique, les silences ont donc tout à fait leur place dans l’art de questionner.

 

J’espère ainsi avoir réussi à vous permettre d’amorcer une réflexion sur la façon de questionner les gens avec qui vous êtes en interaction et je vous souhaite de réussir à raffiner la qualité de vos interventions en devenant maître de l’art de la question!

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