Les sept différences qui font de nous un peuple unique au monde (Revue de lecture)

Par Danielle Legentil

Si les auteurs n’étaient pas Jean-Marc Léger, président de Léger, recherche, stratégie et conseil; Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal; et Pierre Duhamel, dg de la Fondation de l’entrepreneurship, on pourrait croire que Le Code Québec est un thriller. Quoique… nouveau genre, catégorie recherche marketing! Comme tout bon « thriller », le livre tient le lecteur en haleine du début à la fin et rend compte du caractère complexe, mais très structuré des… comportements des Québécois[1].

 

Presque 40 ans après la sortie du livre culte de Jacques Bouchard sur Les 36 cordes sensibles des Québécois d’après leurs six racines vitales[2], Jean-Marc Léger, reprend le flambeau et dresse un portrait du Québec d’aujourd’hui à l’aide de nouvelles technologies à la fine pointe de la recherche marketing et bien sûr de sondages[3].

 

Ça donne quoi? Sept traits identitaires qui forment l’ADN des Québécois : heureux (vivre le moment présent), consensuels (le gros bon sens), détachés (grand parleur petit faiseur), victimes (la peur de l’échec), villageois (l’esprit de clocher), créatifs (des idées plein la tête) et fiers (l’esprit d’entrepreneur). Mais, pas que ça. Les auteurs ont découvert que ces traits, comme l’ADN, étaient reliés entre eux. Et qu’ils fonctionnaient en dualité, constitués d’éléments contraires, mais aussi complémentaires. Ainsi placée sur un cercle et suivant les aiguilles d’une montre, la dyade « heureux et consensuel » fait que le Québécois évite la chicane; avec « consensuel et détaché », il est enclin à ne pas prendre position; « détaché et victime », le Québécois a tendance à rejeter la faute sur les autres; « victime et villageois » fait ressortir sa tendance à se replier sur soi; par contre, le sens de la débrouillardise lui vient de « villageois et créatif »; qui jumelé à « fier » lui donne l’ingéniosité qu’on lui reconnaît à travers le monde; et c’est parce que nous sommes « fiers » de nos réussites que nous sommes « heureux ». 

Dans la préface, Jean-Marc Léger a eu la bonne idée de revisiter les cordes sensibles des Québécois. Autre apport fascinant : les auteurs ont dressé une liste des 12 paradoxes québécois[4]

. Pourquoi sommes-nous si heureux, mais critiquons-nous autant?

. Pourquoi aimons-nous tant discuter, mais évitons-nous les vrais débats?

. Pourquoi sommes-nous si préoccupés d’environnement, mais de si grands pollueurs?

. Pourquoi sommes-nous plus croyants que les Canadiens anglais, mais moins pratiquants?

. Pourquoi donnons-nous moins aux organismes de charité ou faisons-nous moins de bénévolat, alors qu’on se dit solidaires et de gauche?

. Pourquoi sommes-nous si attachés à la langue française, alors que nous la maîtrisons parfois avec difficulté?

. Pourquoi sommes-nous si mal à l’aise face aux immigrants, mais si accueillants envers les touristes?

. Pourquoi aimons-nous tant dépenser, alors que nous sommes parmi les Canadiens les moins endettés?

. Pourquoi sommes-nous si créatifs, mais repliés sur nous-mêmes?

. Pourquoi avons-nous une alimentation plus sucrée, mais sommes-nous plus nombreux à nous imposer des restrictions alimentaires?

. Pourquoi avons-nous un taux de décrochage scolaire si élevé, alors que Montréal est la plus grande ville universitaire au Canada?

. Pourquoi sommes-nous si avides de grands projets, mais si prompts à les démolir et à les abandonner?

 

C’est presqu’un calendrier pour le Nouvel An[5]. Puissiez-vous en choisir un et en faire votre résolution pour 2017 ou du moins tenter de résoudre cette ambiguïté!

 

 

[1] Je paraphrase ici la recette d’un bon roman policier type thriller du site aproposdecriture.com. Dans le texte original, on parle du caractère complexe, mais structuré des intrigues.

[2] On s’étonne que personne ne l’ait fait auparavant.

[3] Nantel et Duhamel l’ont secondé pour l’immense travail d’élaboration des questionnaires. Nantel signe en outre de courtes études de cas à la fin de chaque chapitre.

[4] Merci aux auteurs pour leur permission de reproduire les 12 paradoxes dans leur intégralité. Jean-Marc Léger, Jacques Nantel et Pierre Duhamel, Le Code Québec : les sept différences qui font de nous un peuple unique au monde, Montréal, Les Éditions de l’homme, 2016, p. 18.

[5] Avec un 13e mois, car le sous-titre en soi est paradoxal : le peuple québécois, à la fois unique au monde, devient de moins en moins… différent. Le 13e paradoxe?