Est-ce qu’il faut vraiment que notre équipe nous aime pour avoir du succès comme gestionnaire?

Maxime Coignard photo
Maxime Coignard 3 novembre 2026

Une gestionnaire annonce un changement d’organisation. Un employé proteste, un autre évoque des difficultés pratiques et un troisième ne dit rien, mais n’en pense pas moins.

La gestionnaire hésite : doit-elle assouplir sa décision pour préserver l’ambiance? Ou la maintenir au risque de déplaire?

Cette hésitation, je l’observe souvent. Nous demandons aux gestionnaires d’être à l’écoute, accessibles et de faire preuve de bienveillance. Très bien. Mais nous parlons moins d’une capacité tout aussi nécessaire : supporter de ne pas faire l’unanimité.

Car vouloir qu’on nous aime devient un problème lorsque cela empêche de décider.

Le prix du « on verra »

Dans une équipe, un refus clair est parfois moins coûteux qu’une promesse vague.

Pour éviter une tension, un gestionnaire accorde une exception. Puis une deuxième. Il repousse un recadrage, accepte une échéance irréaliste ou annonce que « rien n’est arrêté » alors que l’essentiel est déjà décidé.

À court terme, il évite une discussion désagréable. À moyen terme, les règles deviennent incertaines. Les personnes qui respectent les engagements s’interrogent. Les autres testent les limites. Et le gestionnaire finit par devoir justifier des décisions qu’il n’a jamais vraiment formulées.

Le paradoxe? En voulant protéger la relation, il fragilise la confiance.

Une équipe n’a pas besoin d’un responsable qui dit toujours oui. Elle a besoin de savoir sur quoi elle peut compter.

D’abord, clarifier ce qui est décidé

Imaginons une PME contrainte d’adapter les horaires de production pour respecter ses délais de livraison.

La direction pourrait annoncer : « Nous allons réfléchir ensemble à de nouveaux horaires. » Mais si le principe du changement est déjà acté, cette ouverture est trompeuse.

Mieux vaut dire : « Les horaires vont changer. Nous devons garantir les livraisons du matin. En revanche, nous pouvons travailler ensemble sur la répartition des équipes et la période de transition. »

Trois éléments deviennent lisibles : la raison du changement, ce qui n’est plus négociable et ce qui reste ouvert.

Cette clarté n’empêche pas le désaccord. Elle évite un malentendu : demander aux membres de l’équipe de participer à une décision sur laquelle ils n’ont, en réalité, aucune prise.

Ensuite, lire la situation avant de répondre

Un membre du personnel s’oppose au nouvel horaire. Il serait facile d’y voir de la « résistance au changement ».

Mais que dit cette personne exactement? Que l’horaire lui déplaît? Qu’il désorganise la garde de ses enfants? Qu’un départ de marchandises deviendra impossible à assurer?

Ces trois objections n’appellent pas la même réponse.

La première peut nécessiter une explication ferme. La deuxième, la recherche d’un aménagement possible. La troisième peut révéler un défaut du dispositif et obliger à le corriger.

Écouter ne signifie donc pas céder. Cela consiste à distinguer ce qui relève d’une préférence, d’une contrainte humaine ou d’un risque opérationnel.

Assumer une décision, c’est aussi pouvoir en revoir les modalités lorsqu’un fait nouveau l’exige. Sinon, la fermeté n’est plus du courage : c’est de l’entêtement.

Enfin, faire émerger des engagements vérifiables

La réunion se termine. Tout le monde a parlé. Et maintenant?

Si la conclusion se résume à « on va faire au mieux », rien n’est réglé.

Dans notre exemple, une conclusion concrète serait : « Nous testons cette répartition pendant quatre semaines. Une personne suit les retards de livraison. Nous nous retrouvons à une date fixée pour décider des ajustements nécessaires. »

Tout le monde sait quoi faire, ce qui sera observé et quand la situation sera réexaminée.

On n’a pas obtenu l’unanimité. On a construit des conditions d’action. Ce n’est pas la même chose.

La vraie question n’est pas d’être aimé

Il existe des gestionnaires populaires qui n’osent pas trancher, et des gestionnaires fermes qui inspirent une confiance durable. L’inverse existe aussi, bien sûr : être impopulaire n’est en rien la preuve que l’on dirige bien.

Ce qui compte, c’est la cohérence entre ce que l’on annonce, ce que l’on écoute et ce que l’on met en œuvre.

Avant votre prochaine décision difficile, posez-vous trois questions : qu’est-ce qui est réellement décidé? Qu’ai-je besoin de comprendre avant d’agir? Quel engagement concret permettra de vérifier que nous avançons?

Le courage managérial ne consiste pas à déplaire. Il consiste à ne pas renoncer à décider pour éviter de déplaire.

 

Partagez
Maxime Coignard photo
À propos de Maxime Coignard

Maxime Coignard, fondateur de DIADEM Consulting et auteur de plusieurs ouvrages sur le management, accompagne les dirigeants et leurs équipes. Passionné par le leadership humain, il propose un regard concret et différent sur les défis du management.

En savoir plus

Vous désirez ne rien manquer?

Abonnez-vous à notre infolettre
Articles du même auteur

Facteur H est un espace convivial de référence francophone en ressources humaines pour rester à l’affût des nouvelles tendances et trouver des solutions concrètes et applicables aux défis organisationnels d’aujourd’hui et de demain.

Contactez-nous
Les opinions exprimées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de Facteur H.
© Facteur H - Tous droits réservés 2026 | Conception de site web par TactikMedia
crossmenuarrow-right