OSER se préserver : quand tenir le coup devient un mécanisme de leadership
Novembre. Les jours raccourcissent, le ciel est gris et les échéances, elles, n’ont pas l’air d’avoir reçu le mémo.
Il ne reste que quelques semaines pour atteindre les objectifs annuels, boucler les budgets et préparer l’année prochaine. Les réunions se succèdent, les décisions s’accumulent et vous poursuivez votre avancée.
Les résultats ne manquent pas. Les dossiers avancent. Vous pouvez compter sur votre équipe.
Les indicateurs sont tous favorables.
Du moins, ceux que vous regardez.
Les leaders efficaces savent distinguer les indicateurs qui doivent attirer leur attention : une rentabilité qui baisse, un retard qui devient important, une cliente ou un client qui se déclare insatisfait. Mais ces personnes surveillent-elles leurs propres indicateurs avec autant de vigilance?
Cette impatience inhabituelle à l’endroit d’une question légitime…
Cette réunion où vous coupez la parole un peu plus vite…
Cette décision prise pour clore un dossier plutôt que pour comprendre ce qui se passe…
Rien d’extraordinaire. Vous continuez à obtenir des résultats. Pourquoi s’inquiéter?
On peut être performant et fatigué.
Reconnu et à bout de patience.
Efficace et moins disponible mentalement.
La capacité à continuer n’est pas toujours un bon indicateur
de la capacité à bien continuer.
Pour bien des dirigeantes et des dirigeants, tenir le coup est presque devenu une compétence professionnelle.
Gérer les imprévus, absorber la pression, rassurer les équipes, rester solide lorsque tout se complique : cette endurance a une valeur réelle.
Mais à force d’être la personne qui tient toujours bon, on peut finir par ne plus reconnaître ses propres limites.
L’Organisation mondiale de la Santé et l’Organisation internationale du Travail ont documenté les risques des longues heures de travail pour la santé. Une revue scientifique publiée en 2024 dans Sleep Medicine Reviews montre qu’une seule nuit de sommeil écourtée peut nuire à l’attention soutenue.
Une mauvaise nuit ne vous transforme évidemment pas en une personne qui prend de mauvaises décisions. Elle vous rappelle néanmoins que votre capacité de réflexion dépend aussi de votre état physique et mental.
D’ailleurs, depuis quand être habitué à la pression
signifie-t-il qu’elle ne vous affecte plus?
Vous planifiez vos journées, organisez vos échéances et jonglez avec les priorités. Votre agenda est peut-être même un modèle d’efficacité.
Mais comment vous comportez-vous pendant que vous tentez de tout accomplir?
Vous pouvez avoir parfaitement planifié votre journée et répondre sèchement à quelqu’un qui vous demande cinq minutes.
Vous pouvez respecter vos échéances et perdre tout intérêt dès qu’une idée remet votre plan en question.
Vous pouvez prendre dix décisions avant midi et réaliser que vous avez surtout cherché à faire disparaître dix problèmes.
Votre agenda vous indique où passe votre temps.
Il ne vous dit pas toujours dans quel état vous prenez vos décisions.
Et cet état ne concerne pas que vous. Votre impatience, votre manque de disponibilité ou vos réactions plus vives peuvent aussi influencer les échanges avec votre équipe, qui ne comprend pas toujours ce qui a changé.
Avant que les voyants ne passent au rouge, certains changements valent la peine qu’on s’y attarde. En voici quelques-uns :
| Le signal | La question à se poser |
| L’impatience | Est-ce que j’écoute pour comprendre ou surtout pour répondre? |
| La réactivité | Est-ce que je choisis ma réponse ou est-ce que je réagis sous pression? |
| La perte de recul | Est-ce que j’explore encore les possibilités ou seulement la solution la plus rapide? |
| La perte de plaisir | Qu’est-ce qui me stimulait auparavant et qui me semble maintenant pesant? |
Ce ne sont pas des signes qui permettent de poser un diagnostic.
Ce sont plutôt des changements à observer, des occasions de s’interroger sur votre état et sur la façon dont il influence votre leadership.
Plutôt que de réviser une fois de plus votre agenda, prenez quelques instants avant une décision importante ou une rencontre délicate pour vous poser ces questions :
Il est impossible de toujours être calme, patient et parfaitement disponible.
Il s’agit de reconnaître que se gérer soi-même fait aussi partie
de vos responsabilités de leadership.
Novembre finira par passer. Les budgets seront déposés, les échéances franchies et quelques dossiers reportés à janvier.
Mais une question mérite de vous accompagner jusque-là :
À force de prouver que vous êtes capable de tenir le coup,
avez-vous cessé de vous demander ce que cela vous coûte?
Vous ne laisseriez probablement pas un voyant d’alerte clignoter indéfiniment sur le tableau de bord de votre organisation. Pourquoi le feriez-vous avec les vôtres?
Et si, ce mois-ci, vous accordiez autant d’attention à vos propres signaux qu’à ceux de votre organisation?
Bonne réflexion!
Sources
World Health Organization & International Labour Organization. (2021). Long working hours increasing deaths from heart disease and stroke: WHO, ILO. World Health Organization. https://www.who.int/news/item/17-05-2021-long-working-hours-increasing-deaths-from-heart-disease-and-stroke-who-ilo
Wüst, L. N., Capdevila, N. C., Lane, L. T., Reichert, C. F., & Lasauskaite, R. (2024). Impact of one night of sleep restriction on sleepiness and cognitive function: A systematic review and meta-analysis. Sleep Medicine Reviews, 76, 101940. https://doi.org/10.1016/j.smrv.2024.101940
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