L’IA peut-elle remplacer l’intelligence collective?

Stéphane Simard
Stéphane Simard 3 novembre 2026

L’IA (intelligence artificielle) est aujourd’hui omniprésente dans les milieux de travail et de plus en plus de gestionnaires l’utilisent comme assistant de réflexion. Dans ce contexte, on pourrait se demander s’il est toujours pertinent de réunir des gens en personne dans des activités de développement collectif, comme des conférences ou des ateliers, alors que la machine offre une solution plus rapide et moins coûteuse.

Le présentiel doit donc proposer autre chose qu’une transmission d’information. Sa valeur se joue dans ce que les gens vont découvrir, vivre ensemble et faire différemment dès le lendemain.

Avant d’organiser un événement, posez-vous trois questions :

  • Quel angle mort voulons-nous faire découvrir?
  • Qu’est-ce que les gestionnaires pourront constater ensemble?
  • Quel geste est-ce que les gestionnaires pourront essayer au travail?

 

Révéler un angle mort : découvrir la question oubliée

L’IA ne répond qu’à la question qu’on lui soumet. Oui, elle peut aider à la reformuler, mais encore faut-il lui demander de remettre en cause notre point de départ.

Prenons cette demande : « Comment gérer les Z qui manquent d’engagement? » Elle contient déjà une explication : la génération serait responsable du problème. Mais qu’est-ce qui a été observé? Des retards? Un refus de remplacer un collègue? Un manque de participation aux rencontres?

Une rencontre de groupe peut inviter les gestionnaires à séparer le comportement de l’explication qui y est associée. Refuser un remplacement ne démontre pas automatiquement un manque d’engagement.

La question qui change la conversation devient alors : « Qu’est-ce que j’ai réellement observé chez cette personne et qu’est-ce que j’en ai déduit? »

Pour les responsables en ressources humaines, l’intérêt est concret : éviter qu’une intervention bien intentionnée parte d’un mauvais diagnostic. Avant de chercher comment « motiver les jeunes », on pourrait découvrir qu’il faut surtout clarifier les attentes mutuelles.

 

Rendre les réactions visibles : comprendre ensemble

Imaginons une salle remplie de gestionnaires à qui l’on présente cette situation : une personne refuse un nouvel horaire et répond qu’elle ne peut pas modifier ses disponibilités.

La personne qui anime la conférence demande au groupe : « Quelle est votre première interprétation? » Certaines personnes parlent de résistance. D’autres soupçonnent une contrainte personnelle. D’autres encore se demandent si le changement a été expliqué ou discuté.

Ce qui compte, ce n’est pas tant la réponse proposée que les échanges qui en découlent. C’est le moment où chaque personne entend comment ses collègues comprennent la même situation : « Moi aussi, je réagis comme ça » ou « Je n’avais pas vu les choses sous cet angle ».

Une conférence bien animée donne au public une occasion de réagir : un vote, une discussion en équipe ou quelques réponses partagées. Une salle silencieuse devant cinquante diapositives ne garantit pas un apprentissage collectif. Elle garantit surtout cinquante diapositives.

Quand les interprétations deviennent visibles, les gestionnaires peuvent en discuter plutôt que de repartir avec leur diagnostic individuel.

 

Créer un point de départ commun après la conférence

Un échange de groupe en présentiel peut laisser une question commune aux gestionnaires et aux responsables en ressources humaines : « Quel comportement précis avons-nous observé et quelle attente devons-nous clarifier? »

Cette formulation peut ensuite servir en supervision, en rencontre d’équipe ou lors d’une discussion sur l’engagement des membres du personnel. Elle ramène la conversation vers des faits et une attente, plutôt que vers des préjugés.

Mais une heure ne transforme pas une culture. La suite compte aussi. Si les RH reprennent cette question la semaine suivante avec une situation réelle, la conférence devient le début d’un travail commun. Sinon, elle risque de ne rester qu’un bon souvenir.

 

Avant de se lancer : trois phrases à compléter

Le choix d’organiser une conférence ou un atelier devrait donc porter aussi sur l’expérience proposée, pas uniquement sur le sujet annoncé. Préparez-vous à l’aide de ces trois phrases :

  1. L’angle mort : « Les gestionnaires vont remettre en question… »
  2. La réaction collective : « Les gestionnaires vont constater ensemble… »
  3. Le geste au travail : « Les gestionnaires vont essayer dès la semaine suivante… »

Par exemple :

« Les gestionnaires vont remettre en question leur tendance à attribuer un refus à la génération, constater ensemble leurs différences d’interprétation, puis essayer de distinguer le fait observé de leur explication lors d’une conversation de supervision. »

Ces phrases ne mesurent pas à elles seules le retour sur investissement. Elles précisent toutefois ce qu’on attend du présentiel en groupe : un angle mort révélé, une réaction partagée et un point de départ commun.

Discutez de ces trois phrases lors de votre réunion de planification avant de confirmer votre prochain événement.

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Stéphane Simard
À propos de Stéphane Simard

Stéphane Simard accompagne depuis 18 ans les gestionnaires dans l’évolution de leurs pratiques en gestion du capital humain.

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