Les pressions économiques s’invitent partout : dans les débats politiques, les bilans de fin d’année au travail et les conversations autour de la table familiale.
Et cette préoccupation est loin d’être anecdotique. Selon la plus récente édition de l’étude Comprendre la santé mentale des Canadiens, publiée par Recherche en santé mentale Canada (RSMC), près de la moitié des Canadiens et des Canadiens (46 %) affirment que le coût de la vie nuit à leur santé mentale.1 Par ailleurs, 37 % disent éprouver des difficultés à payer l’ensemble des factures du ménage, tandis que 35 % estiment que les difficultés à accéder à un logement stable ou à le conserver affectent leur santé mentale.1
Selon RSMC, une personne en emploi au Canada sur dix affirme s’être absentée du travail en raison de sa santé mentale, tandis que 23 % rapportent que leur performance au travail était affectée pour cette même raison.2
Comment est-ce que les gestionnaires peuvent soutenir leurs équipes dans ce contexte? Nous en avons discuté avec Claire Hlavacek, gestionnaire des partenariats de données bilingues chez RSMC. Voici ses constats à l’issue de l’étude ainsi que ses recommandations.
Les pressions financières n’affectent pas tout le monde de la même façon. Selon RSMC, les femmes sont davantage touchées que les hommes par les difficultés liées au coût de la vie, aux factures et au logement, particulièrement celles de 25 à 34 ans, dont 63 % affirment que le coût de la vie nuit à leur santé mentale.1 Mme Hlavacek souligne également les répercussions plus importantes signalées par les personnes LGBTQ+, les personnes appartenant à des minorités ethniques et celles vivant avec un handicap physique.
Pour les gestionnaires, l’enjeu est de reconnaître que les difficultés économiques peuvent se manifester différemment d’une personne à l’autre, notamment par des signes de détresse psychologique. L’Association canadienne de psychologie présente cinq signes relevés par des équipes de recherche en milieu organisationnel auxquels il faut porter attention3 :
Ces signes ne sont pas nécessairement liés à des difficultés financières, mais ils peuvent amener les gestionnaires à porter une attention particulière au bien-être de leur personnel.
Cette sensibilité doit aussi se refléter dans les conversations financières au travail, notamment lors des bilans annuels. Une même discussion peut avoir une portée différente selon la situation économique de chaque individu, d’où l’importance de l’aborder avec bienveillance et discernement.
Claire Hlavacek insiste sur l’importance de ne pas attendre que les signes de détresse apparaissent ou s’aggravent pour aborder la santé mentale au travail. Dans un contexte où les pressions économiques affectent une proportion importante de la population, les gestionnaires ont un rôle essentiel à jouer en matière de prévention.
Selon le rapport Mental Health in the Workplace 2025, le soutien des collègues (65 %) et des gestionnaires (59 %) aurait davantage de retombées positives sur la santé mentale au travail que celui de la haute direction (48 %) ou des ressources humaines (38 %).4 Pourtant, seulement 67 % des gestionnaires se sentent capables de soutenir adéquatement la santé mentale de leur personnel.4
Former les gestionnaires constitue donc un premier levier de prévention. La formation devrait notamment leur permettre de connaître les politiques, les avantages sociaux et les programmes de soutien disponibles afin de mieux orienter leurs équipes. En période de pressions économiques, il est important que les gestionnaires rappellent aux membres de leurs équipes quelles ressources sont à leur disposition, comme les programmes d’aide aux employés, les remboursements et les autres pratiques, et les orientent vers celles-ci au besoin.
Au-delà du rôle des gestionnaires, les organisations peuvent également agir sur les sources de stress financier. McLean & Company propose notamment5 :
Les pressions financières peuvent être difficiles à aborder au travail, particulièrement lorsqu’elles s’accompagnent de difficultés de santé mentale.
Plus de la moitié des personnes en emploi appréhendent de parler de leur santé mentale au travail, notamment par crainte que cela entraîne des conséquences sur leurs perspectives professionnelles.6 Par ailleurs, seulement 59 % des membres du personnel considèrent leur milieu de travail comme psychologiquement sécuritaire.4
Ces constats soulignent l’importance de créer un environnement dans lequel les membres du personnel se sentent en confiance de parler de leurs difficultés et de demander du soutien.
Concrètement, comment les gestionnaires peuvent-ils y contribuer?
Face à ces réalités, les gestionnaires doivent redoubler de proactivité : reconnaître les signes de détresse, prendre des nouvelles des membres de leur équipe, faire connaître les ressources disponibles et favoriser un climat d’ouverture.
Alors que près de la moitié de la population canadienne affirme que le coût de la vie nuit à sa santé mentale, nos pratiques de gestion et nos mesures de soutien tiennent-elles suffisamment compte des réalités financières de notre personnel?
Jeanne Balloffet, CRHA, est experte-conseil chez Humance, spécialisée en leadership, développement organisationnel et bien-être au travail. Elle est également rédactrice en chef adjointe de FacteurH.com.
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