C’est bien beau la performance, mais…

Par Mario Côté

Depuis quelques années, il souffle un vent de renouveau sur les politiques organisationnelles et les pratiques de gestion de la performance dans bien des milieux en Amérique du Nord et en Europe. On les simplifie, on s’assure de leur alignement avec les objectifs organisationnels, on fait sauter la cote dans certains cas. On encourage les rencontres plus fréquentes entre les gestionnaires et les employés, bref, on réinvente. Nous avons publié ici de nombreux articles sur ces sujets tous aussi passionnants les uns que les autres au fil du temps.

 

Côté, Mario (2016) Cultiver la performance http://facteurh.com/032016/mario, Webzine Facteur H

Côté, Mario (2016) 2016… Année de la révision du processus d’évaluation de la performance au travail? http://facteurh.com/012016/mario, Webzine Facteur H

Côté, Mario (2016) Maximiser le potentiel humain au travail http://facteurh.com/022016/mario, Webzine Facteur H

Côté, Mario (2016) Évaluation de la performance… ça bouillonne d’idées dans nos organisations! http://facteurh.com/102016/mario, Webzine Facteur H

Côté, Mario (2016) Leadership, performance et navigation http://facteurh.com/112016/mario, Webzine Facteur H

Côté, Mario (2017) Innovation et gestion de la performance http://facteurh.com/012017/mario-2, Webzine Facteur H

Côté, Mario (2017) Gestion de la performance : Quand la note n’a plus la cote!, http://facteurh.com/012017/mario-3, Webzine Facteur H

 

Une question cruciale n’a cependant pas été abordée suffisamment et mérite, à son tour, toute notre attention.

« C’est bien beau la performance, mais… l’humain dans tout ça, on en fait quoi? »

 

Questionne-t-on suffisamment les exigences de performance toujours plus grandes de certaines organisations qui vont jusqu’à faire table rase d’une performance exceptionnelle au trimestre précédent, tout en fixant la barre encore plus haute pour le trimestre suivant?

 

Remettons-nous en question la tendance, encore trop fréquente, de mettre de côté les travailleurs « près de la retraite » plutôt que de les traiter de manière inclusive? 

 

Nous soucions-nous réellement des sentiments de trop nombreux travailleurs, de retour en poste après une absence suite à une maladie ou un accident, qui ont l’impression de courir après un train en constante accélération, plutôt que d’ajuster cette vitesse pour permettre une réintégration en douceur?

 

Tenons-nous compte du nombre important de gestionnaires, essoufflés, incapables de prendre une pause de 10 minutes pour leur dîner; alors pour apprécier correctement la contribution d’un collaborateur travaillant à distance… on repassera!

 

Elles sont imparfaites nos organisations, parce qu’elles sont humaines, mais elles sont aussi capables de grandes choses, justement, parce qu’elles sont humaines. La recherche de la performance absolue, celle faisant fi du bien-être des individus, est une erreur fondamentale que commettent encore et malheureusement certains dirigeants.

crédit: depositphoto.com

La tyrannie de la norme, qu’imposent certains gestionnaires, à la recherche de l’employé parfait, à qui ils diront, en plus, ne pas pouvoir donner une note parfaite parce que seuls les Dieux le sont.

 

Il faut dire à ces gestionnaires et à ces organisations qu’ils font fausse route. Il faut rappeler qu’un humain peut performer de manière optimale, seulement dans la mesure où il est bien. Il faut créer des environnements de travail où la bienveillance est au cœur des pratiques de gestion.

 

Cette bienveillance n’est pas à mettre en opposition avec la performance… au contraire. Elle contribue à la servir de manière plus durable. Un passage d’un livre publié en 2005 : La joie au travail, une démarche révolutionnaire pour avoir du plaisir au travail, écrit par Dennis W. Bakke, rappelle certains dangers auxquels s’exposent les organisations ayant élevé au rang de culte la performance : « dans un monde où la peur semble souvent avoir remplacé le plaisir, où la recherche de profits a remplacé la poursuite d’un objectif, où la conformité et la moutonnerie ont remplacé le courage de poser les bons gestes et de vivre selon des principes… », il faut tendre à revenir à certains éléments essentiels oubliés et se rappeler les besoins fondamentaux de l’humain au travail : le besoin d’accomplissement de soi, celui de sentir qu’on fait des choses en conformité avec ses valeurs, le besoin d’intégrité, le besoin d’avoir un sens à son travail, le besoin d’affiliation, le besoin de valorisation, le besoin de pouvoir influencer et de se servir de ses compétences.

 

En plaçant ces besoins et l’humain à l’avant-plan de ses politiques organisationnelles, il est possible de créer des environnements de travail stimulants et performants. Monsieur Bakke en a fait une magnifique démonstration en créant, en seulement deux décennies, AES, un des géants mondiaux de l’énergie, comptant 40 000 employés dans 31 pays avec des revenus de 8,6 milliards de dollars.

 

Prendre soin de l’humain doit faire partie de l’équation de la performance au travail… et c’est rentable!

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